Forçage radiatif et température mondiale :
Contribution humaine (1750-2025)
Forçage radiatif Climat
Contribution des principaux composés émis par les activités humaines au forçage radiatif effectif et à la réponse de température mondiale entre 1750 et 2025. Mise à jour scientifique 2026 des méthodes du GIEC AR6.
Repères 2025 indépendants de ce graphique par espèce : forçage anthropique total +3,10 [2,35 à 3,83] W/m² ; gaz à effet de serre bien mélangés +3,58 W/m² ; aérosols −0,96 W/m².
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Quels gaz et quelles particules émis par l’activité humaine réchauffent la planète, et lesquels la refroidissent ? Le graphique ci-dessous répond à cette question en montrant, pour chaque composé, sa contribution au forçage radiatif et à la hausse de la température mondiale entre 1750 et 2025. Les données proviennent de la mise à jour annuelle Indicators of Global Climate Change 2025, publiée en 2026 par plus de soixante chercheurs selon les méthodes du GIEC.
Qu’est-ce que le forçage radiatif ?
Le climat de la Terre dépend d’un équilibre entre l’énergie solaire reçue et l’énergie renvoyée vers l’espace. Le forçage radiatif mesure la perturbation de cet équilibre, en watts par mètre carré (W/m²). Un forçage positif fait entrer plus d’énergie qu’il n’en sort, et la planète se réchauffe. Un forçage négatif produit l’effet inverse.
Les gaz à effet de serre piègent le rayonnement infrarouge émis par la Terre, ce qui donne un forçage positif. Certaines particules en suspension, les aérosols, renvoient au contraire une partie du rayonnement solaire vers l’espace ou rendent les nuages plus réfléchissants, ce qui donne un forçage négatif. On parle de forçage radiatif « effectif » (ERF) lorsque les ajustements rapides de l’atmosphère, comme ceux des nuages ou de la vapeur d’eau, sont pris en compte.
Les chiffres clés en 2025
Un forçage humain en forte hausse. Le forçage anthropique total atteint 3,10 W/m² en 2025 par rapport à 1750, contre 2,72 W/m² en 2019 dans le dernier rapport du GIEC. Cela peut paraître peu, mais ce surplus s’applique en permanence à chaque mètre carré de la planète.
Les gaz à effet de serre en tête. Les gaz à effet de serre bien mélangés représentent 3,58 W/m², dont 2,37 W/m² pour le CO₂, 0,57 pour le méthane, 0,23 pour le protoxyde d’azote et 0,41 pour les gaz halogénés. C’est environ 7 % de plus qu’en 2019.
Les aérosols masquent une partie du réchauffement. Leur effet refroidissant est estimé à −0,96 W/m². Autre contribution notable, l’ozone apporte un forçage positif de 0,48 W/m².
CO₂, méthane, soufre : qui fait quoi ?
Le graphique propose deux vues : le forçage radiatif en W/m² et la réponse de température en °C. Les barres dirigées vers la droite réchauffent le climat, celles dirigées vers la gauche le refroidissent.
Le CO₂ est de loin le premier responsable. Il provient de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, de la production de ciment et de la déforestation. Il reste dans l’atmosphère pendant des siècles, ce qui rend son effet cumulatif. Sa concentration a atteint 425,6 ppm en 2025.
Le méthane arrive en deuxième position. Il est émis par l’élevage, les rizières, les décharges et les fuites des filières fossiles. Sa durée de vie est courte, une douzaine d’années, mais son pouvoir réchauffant est très élevé. Il contribue aussi indirectement au réchauffement en formant de l’ozone.
Le protoxyde d’azote et les gaz fluorés (réfrigération, climatisation, engrais azotés) apportent une contribution plus modeste mais durable.
Le dioxyde de soufre (SO₂) est le principal composé refroidissant. Émis par la combustion du charbon et du fioul lourd, il forme des aérosols sulfatés qui réfléchissent la lumière du soleil. Il est aussi très nocif pour la santé.
Le carbone suie (black carbon), issu des combustions incomplètes, réchauffe au contraire l’atmosphère en absorbant le rayonnement solaire et en noircissant la neige et la glace.
Un paradoxe : dépolluer l’air accélère le réchauffement
C’est l’un des enseignements les plus marquants de la mise à jour. La baisse des émissions de soufre depuis 2019 a affaibli l’effet refroidissant des aérosols, ajoutant environ +0,1 W/m² sur la période 2020-2025. Elle s’explique notamment par les nouvelles normes sur les carburants des navires et par la lutte contre la pollution de l’air en Chine.
Selon les auteurs, les gaz à effet de serre seuls auraient déjà provoqué plus de 1,6 °C de réchauffement en 2025, mais une partie est masquée par l’effet refroidissant des autres forçages humains. Réduire la pollution reste indispensable pour la santé publique. Cela implique simplement de réduire en parallèle, et encore plus vite, les gaz à effet de serre, en particulier le méthane, dont l’effet se fait sentir rapidement.
Le réchauffement est d’origine humaine
Le réchauffement d’origine humaine atteint 1,37 °C en 2025 par rapport à 1850-1900. Il progresse au rythme de 0,27 °C par décennie sur 2016-2025, un niveau record. En 2025, la température observée et le réchauffement attribué aux activités humaines ne diffèrent que de 0,02 °C : la quasi-totalité du réchauffement constaté est d’origine humaine. La contribution du soleil reste négligeable, avec un forçage estimé à 0,01 W/m² sur l’ensemble d’un cycle solaire.
Au rythme actuel, le réchauffement d’origine humaine atteindrait 1,5 °C vers 2030.
Précautions de lecture
Les barres ne s’additionnent pas. Chaque contribution est calculée par une simulation où l’on retire un seul composé des émissions historiques, tous les autres restant inchangés. Comme les composés interagissent entre eux (le méthane produit de l’ozone, les oxydes d’azote modifient la durée de vie du méthane…), les contributions ne sont pas totalement indépendantes. Les auteurs précisent qu’elles ne doivent pas être additionnées directement.
Les moustaches représentent l’intervalle d’incertitude de 5 à 95 %. Elles sont particulièrement larges pour les aérosols, dont l’interaction avec les nuages reste la principale source d’incertitude sur le forçage total.
Enfin, le forçage d’une année isolée peut varier à cause des feux de biomasse. La forte hausse du forçage entre 2024 et 2025 est ainsi due en grande partie à la chute des aérosols issus des incendies, et non à une tendance de fond.
En résumé
Depuis 1750, les activités humaines ont ajouté un forçage de 3,1 W/m² au système climatique. Le CO₂ en est le principal responsable, suivi du méthane. Les aérosols de soufre en masquent une partie, mais cet effet diminue avec la dépollution de l’air. Résultat : un réchauffement d’origine humaine de 1,37 °C en 2025, qui progresse plus vite que jamais.
Pour aller plus loin, consultez notre dossier complet sur la page Rechauffement climatique.
