Attribution du Réchauffement

Attribution du réchauffement

Températures observées comparées aux simulations climatiques (1850-2020). Seuls les modèles incluant les forçages humains reproduisent le réchauffement observé.

Anomalie vs 1850-1900 (°C). Source : GIEC AR6 GT1, SPM fig. 1b.

Comment les scientifiques savent-ils que le réchauffement actuel est causé par l’activité humaine, et non par le soleil ou par un cycle naturel ? La réponse tient dans ce graphique. Il compare la température réellement observée depuis 1850 à deux séries de simulations climatiques : l’une intégrant les facteurs naturels et humains, l’autre les facteurs naturels seuls. Les données proviennent de la figure SPM.1b du 6ᵉ rapport du GIEC (AR6, Groupe I).

Trois courbes, une démonstration

La courbe « Observé » correspond aux relevés de température réels, issus des stations météo, des navires et des bouées.

La courbe « Humain + naturel » montre ce que produisent les modèles climatiques lorsqu’on leur fournit l’ensemble des facteurs : gaz à effet de serre, aérosols, éruptions volcaniques et variations de l’activité solaire. Elle suit de très près la courbe observée, y compris dans ses détails, comme les creux temporaires qui suivent les grandes éruptions volcaniques.

La courbe « Naturel seul » montre ce qu’aurait été le climat sans les émissions humaines, avec seulement le soleil et les volcans. Elle reste globalement plate depuis 1850, avec une légère tendance à la baisse sur les dernières décennies.

L’écart entre les deux simulations, qui se creuse à partir des années 1970, ne peut être comblé que par les activités humaines. C’est le cœur de la démonstration : sans nos émissions, les modèles ne parviennent tout simplement pas à reproduire le réchauffement observé.

La méthode : la « détection-attribution »

Cette approche compare les observations à des mondes virtuels simulés. On fait tourner les modèles avec tous les forçages, puis on retire les forçages humains pour obtenir un monde « contrefactuel ». La différence donne la part attribuable à l’homme.

La démonstration ne repose pas seulement sur la courbe globale. Chaque cause laisse une « empreinte digitale » caractéristique dans le système climatique :

  • La stratosphère se refroidit pendant que la basse atmosphère se réchauffe. C’est la signature typique de l’effet de serre. Un soleil plus intense réchaufferait au contraire toute la colonne d’air.
  • Les nuits se réchauffent plus vite que les jours, ce qui traduit un piégeage accru du rayonnement infrarouge.
  • L’Arctique se réchauffe deux à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, conformément aux projections des modèles.

Ces empreintes correspondent à celles attendues d’un renforcement de l’effet de serre, et non d’une variation de l’activité solaire.

Les chiffres clés du GIEC

Le GIEC a quantifié précisément la contribution de chaque cause au réchauffement observé entre 1850-1900 et 2010-2019 :

  • Activités humaines : +1,07 °C (fourchette probable : 0,8 à 1,3 °C).
  • Facteurs naturels (soleil et volcans) : entre −0,1 et +0,1 °C, donc une contribution négligeable.
  • Variabilité interne du climat (El Niño, oscillations océaniques) : entre −0,2 et +0,2 °C.

Le réchauffement observé sur la même période est d’environ 1,06 °C. Autrement dit, la totalité du réchauffement observé est attribuable à l’homme. C’est ce qui a conduit le GIEC à écrire, dans son résumé pour décideurs, qu’il est sans équivoque que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, l’océan et les terres. C’est la formulation la plus forte jamais employée par le GIEC.

Et le soleil dans tout ça ?

C’est l’objection la plus fréquente, et elle est mesurable. L’irradiance solaire est suivie par satellite depuis 1978. Or, depuis les années 1980, l’activité solaire est légèrement en baisse, alors que la température continue de grimper. Les deux courbes divergent depuis quarante ans. Le soleil ne peut donc pas expliquer le réchauffement récent : s’il agissait seul, la planète se serait légèrement refroidie.

Quant aux volcans, leur effet est bien visible sur le graphique, mais il est temporaire et refroidissant : les aérosols sulfatés injectés dans la stratosphère font baisser la température pendant un à trois ans, avant d’être éliminés.

Comment lire le graphique

Les courbes représentent l’anomalie de température par rapport à la moyenne 1850-1900, en degrés Celsius. Les bandes colorées autour des simulations correspondent à la dispersion entre les différents modèles climatiques : elles indiquent le degré d’accord de l’ensemble des simulations. Le bouton « Exporter SVG » permet de récupérer le graphique en qualité vectorielle, adaptée à l’impression ou à une présentation.

Précautions de lecture

Les modèles ne sont pas « calés » sur les observations. Ils reposent sur les lois de la physique (thermodynamique, rayonnement, dynamique des fluides), pas sur un ajustement a posteriori des courbes. Leur capacité à reproduire le passé, y compris les refroidissements volcaniques, est précisément ce qui leur donne leur crédibilité.

Attribution globale n’est pas attribution locale. Ce graphique porte sur la température moyenne du globe. Attribuer un événement particulier, comme une canicule ou une inondation, relève d’une autre discipline : l’attribution d’événements extrêmes, qui produit des résultats probabilistes du type « cet épisode a été rendu dix fois plus probable par le changement climatique ».

La courbe s’arrête en 2020, année de fin des simulations CMIP6 utilisées par le GIEC. Les mises à jour annuelles postérieures confirment la tendance : en 2025, la température observée et le réchauffement attribué à l’homme ne diffèrent que de 0,02 °C.

En résumé

Sans les émissions humaines, le climat des dernières décennies serait resté stable, voire se serait très légèrement refroidi. Les modèles ne reproduisent la réalité observée que lorsqu’on y intègre nos émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas une opinion, c’est le résultat convergent de dizaines de modèles indépendants, confirmé par de multiples empreintes physiques.

Pour aller plus loin :

Pour aller plus loin, consultez notre dossier complet sur la page Rechauffement climatique.