Amoco Cadiz : chronique d’une nuit noire sur la Bretagne
Le 16 mars 1978, le super‑pétrolier Amoco Cadiz s’échoue sur les rochers de Portsall, au nord du Finistère, et déverse plus de 220 000 tonnes de pétrole brut sur des centaines de kilomètres de côtes bretonnes.
Cette marée noire restera comme l’une des pires catastrophes écologiques par échouement de navire jamais enregistrées dans le monde.
Nuit du 16 mars 1978
En fin de soirée, alors que le navire approche de la Manche dans une violente tempête, une avarie de barre paralyse le gouvernail du super‑tanker libérien Amoco Cadiz.
Le navire, long d’environ 334 mètres et chargé de plus de 220 000 tonnes de brut, dérive alors dangereusement vers les hauts‑fonds situés à quelques milles seulement du petit port breton de Portsall, commune de Ploudalmézeau.
Après des négociations trop longues avec un remorqueur et deux tentatives de remorquage infructueuses, le géant finit par s’empaler sur les récifs, scellant en quelques heures le destin de tout un littoral.
Le géant des mers en perdition
L’Amoco Cadiz est un super‑pétrolier de nouvelle génération, symbole de la course au gigantisme dans le transport de brut, mais aussi des limites de la sécurité maritime de l’époque.
Une fois échoué sur les rochers de Portsall, sa coque se disloque sous la houle et le vent, ouvrant progressivement les cuves et laissant s’échapper la totalité de la cargaison dans la mer d’Iroise.
En moins de deux semaines, ce sont environ 223 000 tonnes de pétrole qui se répandent au large de la Bretagne, transformant l’océan en une vaste nappe visqueuse et toxique.

Une marée noire sans précédent
Sous l’effet des vents dominants et des courants, la pollution s’étire rapidement d’ouest en est, du secteur de Brest jusqu’aux abords de Saint‑Brieuc.
Les études scientifiques menées après le naufrage montrent que la marée noire touche de l’ordre de 350 à 400 km de rivage, faisant de l’Amoco Cadiz l’une des marées noires les plus étendues jamais observées sur un littoral européen.
Estuaires, baies semi‑fermées, plages, falaises et rochers sont engloutis sous une épaisse couche de mazout, rendant les paysages méconnaissables et saturant l’air d’une odeur âcre de pétrole.
Des rivages bretons défigurés
Dans les zones les plus touchées, la mortalité de la faune marine et aviaire est foudroyante : des dizaines de milliers de poissons et près de 20 000 oiseaux périssent, englués ou intoxiqués par les hydrocarbures.
Les coquillages, crustacés et algues, qui font la richesse écologique et économique des côtes bretonnes, subissent des destructions massives, y compris dans les secteurs conchylicoles et mytilicoles.
Les habitants découvrent au petit matin des plages noires, des blocs de pétrole solidifié et une mer qui semble avoir « disparu » tant la surface est recouverte d’une pellicule sombre et uniforme.
La riposte des habitants et de l’État
Dès la nuit du naufrage, les autorités déclenchent le plan Polmar, dispositif national de lutte contre les pollutions marines accidentelles, pour coordonner les moyens de secours et de dépollution.
Pendant des semaines, élus, pêcheurs, bénévoles, militaires et associations se relaient pour racler les plages, ramasser le mazout et tenter de sauver les oiseaux et mammifères marins pris au piège
Ce drame provoque une immense colère dans les communes sinistrées et lance un combat judiciaire de quatorze ans qui aboutira à une indemnisation de plus d’un milliard de francs et à la consécration du principe du « pollueur‑payeur ».
Un tournant pour la sécurité maritime
L’échouement de l’Amoco Cadiz devient un cas d’école mondial et pousse la France à revoir en profondeur sa stratégie de prévention des marées noires.
Un nouveau plan Polmar est défini, des centres spécialisés comme le Cedre à Brest sont créés, et un rail de navigation au large d’Ouessant oblige désormais les navires transportant des matières dangereuses à passer à une cinquantaine de kilomètres des côtes.
Au‑delà des réformes techniques, la catastrophe de Portsall marque durablement les mémoires et rappelle qu’une seule avarie sur un géant des mers peut suffire à ravager des centaines de kilomètres de littoral, imposant une vigilance permanente sur le transport maritime de pétrole.




