Lyon : pourquoi certains logements sont restés surchauffés pendant trois mois sans interruption
À Lyon, plusieurs habitants rapportent que la température intérieure de leur logement n’est jamais redescendue sous des seuils élevés entre juin et septembre 2026, malgré les rares accalmies extérieures. Selon Frédéric Kuznik, professeur à l’INSA Lyon interrogé par Le Progrès le 16 septembre 2026, la cause principale est l’enchaînement de trois vagues de chaleur successives qui n’a pas laissé aux bâtiments le temps d’évacuer la chaleur accumulée.
Des logements qui ne refroidissent plus
Salim Poussin habite un appartement sous les toits du Vieux-Lyon, exposé à l’est et à l’ouest, sans volets ni brasseur d’air. Il rapporte avoir mesuré jusqu’à 37,2°C à l’intérieur cet été, et un minimum de seulement 27°C début septembre, après plusieurs jours de baisse extérieure des températures. Jim, salarié du quotidien Le Progrès, vit dans un immeuble plus récent et mieux isolé du 7e arrondissement, équipé de volets roulants : il affirme que, malgré des précautions suivies avec rigueur (fermeture des volets le jour, aération nocturne), la température de son séjour n’est jamais redescendue sous 25°C depuis juillet, un niveau qu’il considère comme supérieur à la normale.
Ce que montre l’analyse du chercheur
Pour Frédéric Kuznik, docteur en génie civil au Centre d’énergétique et de thermique de Lyon (Cethil, INSA Lyon), le problème ne vient pas d’un seul épisode de chaleur mais de leur répétition rapprochée. Il évoque trois vagues de chaleur consécutives à l’échelle nationale en 2026 : du 17 au 30 juin, du 4 au 19 juillet, puis du 28 juillet au 19 août, confirmées par les bilans de Météo-France. Entre ces épisodes, les fenêtres de rafraîchissement nocturne ont été trop courtes pour permettre à l’inertie thermique des bâtiments de jouer son rôle. Le chercheur précise que la température extérieure permettant un vrai rafraîchissement se situe généralement entre 3 heures et 7 heures du matin, une plage difficile à exploiter en ville, notamment à cause du bruit qui dissuade d’ouvrir les fenêtres au milieu de la nuit.
Le rôle de l’îlot de chaleur urbain
Frédéric Kuznik ajoute que l’effet d’îlot de chaleur urbain, un phénomène principalement nocturne, amplifie ces difficultés selon la configuration des quartiers. Il distingue par exemple les immeubles canuts du 4e arrondissement, situés dans un tissu urbain dense aux bâtiments hauts, des immeubles collectifs plus récents du 9e arrondissement, séparés par des voies plus larges, où l’intensité de l’îlot de chaleur diffère. Le Progrès rappelle par ailleurs que la période allant du 16 juin au 19 juillet 2026 a établi un record local avec 34 jours consécutifs sans que le maximum quotidien ne descende sous 30°C à Lyon, dépassant le précédent record de 21 jours de l’été 2006.
Les limites de ces témoignages
Ces relevés de température restent des mesures individuelles, réalisées par les occupants eux-mêmes avec des équipements non précisés, et ne constituent pas une étude scientifique contrôlée sur un échantillon de logements. Ils illustrent cependant un mécanisme physique documenté par la recherche en génie civil, celui de l’inertie thermique des bâtiments face à des vagues de chaleur rapprochées. L’ampleur du phénomène peut varier fortement d’un logement à l’autre selon l’orientation, l’isolation, la présence de volets et l’étage.
À retenir : pourquoi certains logements lyonnais restent-ils si chauds ?
Après plusieurs épisodes de forte chaleur au cours de l’été 2026, certains logements lyonnais ont conservé des températures intérieures élevées pendant plusieurs semaines. L’accumulation de chaleur dans les bâtiments et l’îlot de chaleur urbain limitent parfois fortement le rafraîchissement nocturne.
Plusieurs Lyonnais rapportent des températures intérieures restant au-dessus de 25 °C, voire autour de 27 °C au minimum, pendant de longues périodes depuis le début de l’été.
Les épisodes de chaleur de juin, juillet puis de la fin juillet à août 2026 se sont succédé avec des périodes de rafraîchissement parfois insuffisantes pour refroidir complètement les bâtiments.
Selon Frédéric Kuznik, chercheur à l’INSA Lyon, les bâtiments ont accumulé de la chaleur sans disposer d’un délai suffisant pour l’évacuer complètement entre deux épisodes chauds.
La période comprise approximativement entre 3 heures et 7 heures du matin est particulièrement intéressante pour évacuer la chaleur lorsque l’air extérieur devient plus frais que l’intérieur du logement.
La densité des constructions, la minéralisation, la végétation, l’exposition des rues et la ventilation influencent fortement la température nocturne. Tous les quartiers lyonnais ne se refroidissent donc pas de la même manière.
Lorsque plusieurs journées chaudes se succèdent et que les nuits restent douces, les murs, les planchers et les autres matériaux du bâtiment stockent progressivement de l’énergie.
| Facteur | Effet sur le logement | Conséquence |
|---|---|---|
| 🔥 Chaleurs répétées | Accumulation progressive de chaleur dans les matériaux. | Refroidissement difficile |
| 🧱 Inertie thermique | Les murs et planchers restituent progressivement la chaleur accumulée. | Chaleur persistante |
| 🌙 Nuits douces | La différence entre température intérieure et extérieure devient insuffisante pendant une partie de la nuit. | Ventilation moins efficace |
| 🏙️ Îlot de chaleur urbain | Les surfaces minérales restituent la chaleur accumulée pendant la journée. | Nuits plus chaudes |
| 🌳 Végétation et ventilation | Elles peuvent favoriser localement un meilleur rafraîchissement nocturne. | Écarts entre quartiers |
C’est souvent en fin de nuit que la température extérieure atteint son minimum. Lorsque les conditions le permettent, cette période peut être la plus favorable pour ventiler et évacuer une partie de la chaleur accumulée.
L’étage, l’orientation, l’isolation, la présence de volets, la ventilation traversante, les matériaux du bâtiment, la végétation environnante et la morphologie du quartier peuvent entraîner des écarts importants de température intérieure entre deux logements pourtant situés dans la même ville.
Après plusieurs épisodes de chaleur rapprochés, un logement peut rester chaud même lorsque la température extérieure commence à diminuer. À Lyon, l’association entre inertie thermique des bâtiments, nuits insuffisamment fraîches et îlot de chaleur urbain peut expliquer la persistance de températures élevées à l’intérieur de certains logements.
Sources
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Le Progrès — Fanny Uski-Billieux, « Le minimum que j’ai eu c’est 27°C » : ces logements où la température n’est jamais redescendue en 3 mois, 16 septembre 2026 : leprogres.fr/environnement/2026/09/16
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Météo-France — Bilan climatique de l’été 2026 (juin-juillet-août), 3 septembre 2026 : meteofrance.com/presse/bilan-climatique-de-lete-2026
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Météo-France — Retour sur la 3e vague de chaleur de l’été du 28 juillet au 19 août 2026, 31 août 2026 : meteofrance.com/actualites/retour-sur-la-3e-vague-de-chaleur
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Le Progrès — « C’est exceptionnel » : avec 34 jours consécutifs au-dessus de 30°C, le suffocant record est tombé, 21 juillet 2026 : leprogres.fr/environnement/2026/07/21
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INSA Lyon / Cethil — Fiche de Frédéric Kuznik, chercheur au Centre d’énergétique et de thermique de Lyon : cethil.insa-lyon.fr/fr/personnel/kuznik-frederic




