Canicules et climatisation :
un record de mésinformation climatique à la télé et à la radio au premier semestre 2026
Entre janvier et juin 2026, les médias audiovisuels français ont davantage parlé d’environnement… mais aussi davantage diffusé de propos trompeurs sur le climat. Selon le bilan semestriel publié par l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OME), plus de 450 cas de « mésinformation climatique » ont été détectés en six mois, soit une hausse de 28 % par rapport au premier semestre 2025. Cette inflation de contenus erronés coïncide avec les vagues de chaleur précoces du printemps et relance le débat sur la manière dont télévisions et radios traitent les canicules et la climatisation.
Un bilan inédit de la mésinformation climatique
L’OME est un consortium qui rassemble notamment Quota Climat, Science Feedback, Data for Good et Expertises Climat, chargé de suivre en continu le traitement médiatique des enjeux environnementaux. Dans son bilan du premier semestre 2026, il définit la « mésinformation climatique » comme toute séquence où une contre-vérité sur le climat est prononcée sans être corrigée par un journaliste dans les deux minutes suivantes.
Entre le 5 janvier et le 30 juin 2026, 452 séquences problématiques ont été recensées dans les programmes d’information de 18 médias audiovisuels, soit en moyenne 17 cas par semaine. C’est 28 % de plus qu’en 2025, où 353 cas avaient été relevés sur la même période. Les médias cités comme concentrant le plus de cas sont, une nouvelle fois, Sud Radio, CNews, Europe 1 et RMC.
Canicules de mai et juin : des pics de propos trompeurs
Le rapport montre que la mésinformation explose lors des épisodes de chaleur extrême. Pendant la vague de chaleur de mai, l’OME a détecté plus de 60 cas de mésinformation climatique en une seule semaine dans les grilles de 18 chaînes de radio et de télévision nationales, soit plusieurs fois la moyenne hebdomadaire. Entre le 25 et le 31 mai puis entre le 22 et le 28 juin, deux périodes marquées par des canicules précoces, le nombre de cas a atteint des niveaux parmi les plus élevés depuis la création de l’Observatoire en 2024.
Ces pics s’expliquent par le déplacement du traitement des canicules vers des émissions d’opinion et de commentaire, où la vérification systématique des affirmations est moins rigoureuse. Science Feedback souligne qu’une part significative des cas est liée à des déclarations de personnalités politiques, d’invités, mais aussi de journalistes et de chroniqueurs, ce qui signifie que les professionnels de l’information restent directement impliqués dans une fraction non négligeable des séquences trompeuses.
Climat plus présent, mais causes et solutions occultées
La part des contenus audiovisuels traitant d’environnement progresse malgré tout : entre janvier et juin 2026, les enjeux environnementaux représentent un peu plus de 5 % des séquences d’information étudiées, contre moins de 5 % au premier semestre 2025 et moins de 4 % en 2024. Le climat est donc davantage évoqué, notamment lors des canicules, mais la manière dont les causes et les solutions sont abordées reste très déséquilibrée.
Lors des vagues de chaleur, la mention explicite du changement climatique a augmenté par rapport aux années précédentes. En revanche, les causes – combustion d’énergies fossiles et émissions de gaz à effet de serre – sont moins souvent citées : leur présence a été divisée par deux entre les épisodes de mai et de juin 2026. L’adaptation au changement climatique occupe une place croissante, mais principalement via des réponses immédiates et individuelles : ombre, ventilateurs, climatisation, hydratation. L’OME estime que les médias parlent beaucoup moins de rénovation thermique ou de végétalisation que de climatisation.
Climatisation, marqueur politique plus que solution technique
Le bilan souligne que la climatisation est de plus en plus utilisée comme marqueur identitaire ou politique, davantage que comme objet de débat technique sur l’adaptation. Durant la canicule de juin, plusieurs centaines d’articles ont été consacrés à la climatisation, dont une part non négligeable prête explicitement aux écologistes ou à la gauche une posture idéologique sur le sujet. Aucun autre terme lié à l’adaptation ne suscite un tel affrontement partisan, ce qui contribue à écraser des sujets pourtant structurants, comme la rénovation des bâtiments ou la végétalisation des villes.
Par ailleurs, la couverture des enjeux environnementaux chute fortement lors des séquences politiques classiques : en mars, au cœur de la campagne des municipales, l’environnement ne représente plus qu’une petite fraction du temps d’antenne, soit la plus faible couverture depuis le début des mesures en 2023. L’OME note une baisse sensible de la couverture environnementale dans l’audiovisuel et sur les chaînes d’information en continu, alors même que c’est à l’échelle locale que les leviers d’action sont les plus concrets.
Pour le lecteur, ce bilan rappelle l’importance de vérifier la provenance des affirmations entendues lors des canicules : qui parle, sur quel plateau et avec quelles compétences sur le climat. L’OME insiste sur la nécessité de distinguer les analyses fondées sur les données scientifiques de Météo-France et du GIEC des prises de position politiques ou idéologiques, notamment autour de la climatisation et de l’énergie.
En pratique, il est recommandé de croiser les informations avec des sources spécialisées, de se méfier des discours qui opposent systématiquement confort immédiat et transition énergétique, et de garder en tête que l’adaptation durable repose aussi sur des solutions structurelles (bâtiments, urbanisme, végétation) plus que sur les seuls appareils de refroidissement.
À retenir : davantage de climat dans les médias, mais aussi davantage de mésinformation
Le bilan du premier semestre 2026 publié par l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OMÉ) montre une progression de la couverture des enjeux environnementaux dans les médias audiovisuels français, mais également une hausse importante des cas de mésinformation climatique recensés.
L’Observatoire dénombre 452 cas de mésinformation climatique entre janvier et juin 2026, contre 353 sur la même période en 2025, soit une progression de 28 %.
Les épisodes de forte chaleur de mai et juin 2026 ont fortement augmenté la présence du climat dans l’actualité. Ils correspondent également à des périodes où davantage de propos inexacts ou trompeurs ont été recensés.
Les médias relient davantage les canicules au changement climatique, mais le rapport constate une baisse des références explicites aux énergies fossiles et aux émissions de gaz à effet de serre.
Les réponses immédiates aux fortes chaleurs, comme les ventilateurs et la climatisation, sont davantage évoquées dans les médias. En revanche, les solutions de long terme telles que la rénovation thermique ou la végétalisation restent beaucoup moins présentes selon le rapport.
Les auteurs du rapport appellent les médias à mieux contextualiser les informations climatiques, notamment en expliquant davantage les causes du réchauffement, ses conséquences et les différentes réponses possibles.
Selon l’OMÉ, la part des séquences consacrées aux vagues de chaleur mentionnant explicitement les causes du changement climatique a été divisée par deux entre les deux épisodes.
| Indicateur | Constat du rapport | Évolution |
|---|---|---|
| ⚠️ Mésinformation climatique | 452 cas recensés au premier semestre 2026, contre 353 un an auparavant. | +28 % |
| 🌍 Couverture environnementale | Les enjeux environnementaux occupent davantage de place dans les médias audiovisuels qu’en 2024 et 2025. | En hausse |
| 🏭 Causes du réchauffement | Les références explicites aux énergies fossiles et aux émissions diminuent fortement entre les épisodes de chaleur de mai et juin. | 14 % → 7 % |
| 🌿 Adaptation | L’adaptation est beaucoup plus souvent évoquée lors des canicules qu’elle ne l’était en 2023. | Près de 50 % |
| 🏠 Solutions structurelles | Rénovation thermique et végétalisation restent, selon l’Observatoire, relativement marginales dans les séquences analysées. | Peu présentes |
Le chiffre de 452 correspond aux cas identifiés selon la méthodologie de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie et de Science Feedback. Il ne signifie pas que l’ensemble de la couverture médiatique du climat est erronée : il comptabilise des affirmations jugées fausses, trompeuses ou insuffisamment corrigées dans le corpus étudié.
Les organismes à l’origine de ce suivi défendent une meilleure contextualisation des débats climatiques et invitent les rédactions à questionner les responsables publics sur les causes du réchauffement, l’adaptation et les politiques d’atténuation. Il s’agit d’une recommandation formulée par les auteurs du suivi, et non d’une appréciation politique de notre part.
Le premier semestre 2026 montre un paradoxe : le climat est plus visible dans les médias audiovisuels, mais les cas de mésinformation recensés progressent également. Les canicules sont davantage reliées au changement climatique, tandis que ses causes sont moins systématiquement expliquées. En parallèle, l’adaptation gagne du terrain, mais principalement à travers des réponses immédiates plutôt que des transformations structurelles de long terme.
Sources
- Source : Vert – « Canicules relativisées et débats sur la climatisation : 452 cas de mésinformation climatique à la télé et à la radio entre janvier et juin »
Lien : https://vert.eco/chaleurs-actuelles/canicules-relativisees-et-debats-sur-la-climatisation-452-cas-de-mesinformation-climatique-a-la-tele-et-a-la-radio-entre-janvier-et-juinvert - Observatoire des Médias sur l’Écologie – bilan semestriel 2026
Lien : https://observatoiremediaecologie.fr/publication/bilan-semestriel-2026/




