Antarctique : le bassin de Wilkes, une menace colossale pour le niveau des mers
En octobre 2026, une étude internationale de référence publiée dans la revue Nature Reviews Earth & Environment a mis en lumière la vulnérabilité critique du Bassin sous-glaciaire de Wilkes. Situé en Antarctique de l’Est, ce réservoir de glace massif, longtemps considéré comme stable, représente désormais l’un des plus grands défis pour la prévision du niveau des mers à l’échelle mondiale.
1. Une géographie invisible mais déterminante
Le Bassin sous-glaciaire de Wilkes est une vaste dépression topographique qui s’étend sur environ 1 400 km le long des Montagnes Transantarctiques. Sa particularité réside dans sa configuration géologique : une grande partie du socle rocheux sur lequel repose la glace se situe bien en dessous du niveau de la mer. Cette caractéristique rend la région particulièrement sensible à un phénomène redouté par les glaciologues : l’instabilité de la calotte glaciaire marine.
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Dans cette configuration, le socle rocheux présente une pente rétrograde, c’est-à-dire qu’il s’enfonce davantage vers l’intérieur des terres à mesure que l’on s’éloigne des côtes. Si la ligne d’échouage — la limite où la glace quitte le sol pour flotter sur l’océan — commence à reculer, elle peut s’engager dans une réaction en chaîne auto-entretenue. L’eau de mer plus chaude s’infiltre sous la glace, accélérant la fonte et provoquant un recul encore plus rapide, sans point d’arrêt naturel immédiat.
2. Le glacier Cook : une sentinelle sous surveillance
Le glacier Cook constitue la principale porte de sortie des glaces de ce bassin vers l’océan. Les observations satellites indiquent que ce glacier s’amincit de manière continue depuis les années 1990. Actuellement, il décharge environ 40 milliards de tonnes par an de glace dans l’Océan Austral. Malgré cette importance cruciale, la zone reste l’une des moins explorées de la planète. En raison de conditions de glace de mer extrêmes, aucun navire scientifique n’a pu s’approcher à moins de 150 km du front du glacier Cook, laissant les chercheurs sans données précises sur la topographie du fond marin.
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Les modèles numériques suggèrent que si certains points d’ancrage critiques étaient franchis, le recul de la glace pourrait atteindre des vitesses d’un kilomètre par an. Cette incertitude majeure a poussé 14 pays à appeler au lancement d’une campagne internationale de recherche pour cartographier le plancher océanique et mieux comprendre les interactions entre l’océan et la glace dans cette région reculée.
3. Un potentiel d’élévation du niveau marin de 3 à 4 mètres
L’enjeu climatique est considérable. Si la totalité de la glace contenue dans le Bassin sous-glaciaire de Wilkes venait à fondre, le niveau global des mers s’élèverait de 3 à 4 m. Bien qu’un tel scénario ne soit pas envisagé à court terme, les données paléoclimatiques montrent que ce bassin a déjà connu des retraits massifs lors de périodes chaudes passées, confirmant sa fragilité intrinsèque.
Indicateurs du Bassin Glaciaire
| Indicateur | Valeur | Contexte / Source |
|---|---|---|
| Potentiel de montée des eaux | 3 à 4 m | Si perte totale de la glace du bassin |
| Longueur du bassin | 1 400 km | Le long des Montagnes Transantarctiques |
| Perte de masse (glacier Cook) | 40 Gt / an | Mesurée depuis les années 1990 |
| Vitesse de recul potentielle | 1 km / an | En cas de franchissement des points d'ancrage |
| Accessibilité maritime | 150 km | Distance minimale d'approche actuelle |
La communauté scientifique souligne qu’il est impossible d’établir un calendrier précis pour ce processus. Cependant, la stabilisation du réchauffement climatique sous les seuils de l’Accord de Paris reste le levier principal pour limiter les risques d’un effondrement irréversible de ce secteur de l’Antarctique.
À retenir
- Le bassin de Wilkes contient assez de glace pour élever le niveau marin de 3 à 4 m à long terme.
- Le glacier Cook perd déjà 40 milliards de tonnes de glace chaque année.
- La topographie du socle rocheux, situé sous le niveau de la mer, favorise une instabilité majeure.
- Une collaboration internationale de 14 pays est nécessaire pour combler le manque de données in situ.
Pour approfondir votre compréhension des enjeux climatiques en Antarctique, consultez nos dossiers sur la dynamique des calottes polaires.
Sources






