Sécheresse dans la Somme : de nouvelles restrictions face à une dégradation historique des ressources
Le département de la Somme traverse une crise hydrologique majeure qui impose une révision urgente de la gestion de l’eau. Le 20 août, le comité de suivi de l’eau s’est réuni en préfecture à Amiens pour acter un constat de très forte dégradation des ressources. Sous l’effet de cinq vagues de chaleur successives et d’un déficit pluviométrique marqué, les indicateurs sont passés au rouge, forçant les autorités à durcir les mesures de restriction. Pour les professionnels agricoles, cette situation impose une adaptation immédiate pour sauver les fins de cycle de culture tout en préservant les réserves souterraines pour l’hiver à venir.
1. Un état des lieux alarmant : la quasi-totalité de la Somme en alerte
La situation hydrologique s’est détériorée de manière fulgurante depuis l’arrêté du 11 août. Le préfet de la Somme, Rollon Mouchel-Blaisot, souligne que les sols et les subissent une pression sans précédent. Cette dégradation oblige à placer la quasi-totalité du territoire en zone d’alerte, à l’exception notable des bassins de l’Authie, de la Nièvre et de l’Hallue qui conservent une relative stabilité.
Le bassin de la Maye, situé au-dessus de la baie de Somme, cristallise les inquiétudes les plus vives. Ce secteur est désormais placé en alerte renforcée. Pour les exploitants, cela signifie une surveillance accrue et des plages horaires d’interdiction d’arrosage élargies. L’objectif est clair : limiter l’évapotranspiration et garantir le débit biologique des cours d’eau.
2. Mesures de restriction et cadre réglementaire pour les professionnels
Les nouvelles dispositions préfectorales visent à réduire drastiquement les prélèvements durant les heures les plus chaudes de la journée. Pour la majorité du département, l’arrosage est interdit entre 11h et 18h. Sur le bassin de la Maye, cette interdiction s’étend jusqu’à 20h. Ces mesures concernent aussi bien les particuliers que les professionnels, bien que des spécificités existent pour le monde agricole.
Niveaux de restriction et impacts sur l'irrigation agricole
| Niveau | Mesures principales | Irrigation par aspersion | Réduction recherchée |
|---|---|---|---|
|
✓
Vigilance
|
Sensibilisation et anticipation. Les agriculteurs sont invités à économiser la ressource et à préparer d'éventuelles restrictions. |
Pas d'interdiction horaire nationale. | Pas de réduction obligatoire dans le cadre national de référence. |
|
!
Alerte
|
Premières restrictions effectives sur les prélèvements agricoles. | Interdite de 11 h à 18 h |
Les mesures doivent viser environ
15 à 30 % de réduction minimale
des volumes autorisés.
Objectif 15–30 % |
|
!!
Alerte renforcée
|
Restrictions fortement renforcées afin de réduire substantiellement les prélèvements. | Interdite de 9 h à 20 h |
Les plages horaires de référence visent
environ 50 % de réduction
du volume de prélèvement autorisé.
Objectif ≈ 50 % |
|
×
Crise
|
La ressource est prioritairement réservée à l'eau potable, à la santé, à la salubrité, à la sécurité civile, à l'abreuvement des animaux et aux besoins essentiels. | Irrigation par aspersion interdite |
Interdiction générale
Des adaptations peuvent toutefois exister localement pour certains usages ou certaines cultures. |
L'arrêté préfectoral applicable à la zone concernée reste toujours la règle à respecter.
Guide national de mise en œuvre des mesures de restriction des usages de l'eau en période de sécheresse, version amendée en juillet 2026.
Laurent Degenne, président de la chambre d’agriculture des Hauts-de-France, précise qu’un suivi individualisé est mis en place. Ce dispositif permet d’analyser la situation à l’échelle de la parcelle et de la culture. L’enjeu est d’autoriser des dérogations au cas par cas pour les maraîchers et les agriculteurs afin de ne pas compromettre les récoltes de fin de saison, notamment pour les cultures de pommes de terre et de légumes de plein champ.
3. Analyse des données hydrologiques et déficit pluviométrique
Le du département affiche des chiffres préoccupants. Selon les relevés de Météo-France, le cumul des précipitations efficaces durant l’hiver précédent n’a pas permis une recharge optimale des nappes. Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) observe des niveaux piézométriques inférieurs de 20% à 40% aux moyennes saisonnières sur certains points de mesure du bassin de la Somme.
Indicateurs de stress hydrique dans la Somme
au 17 août
au 17 août
vs moyenne d'août
22 août
| Indicateur | Valeur observée | Comparaison | Date / référence |
|---|---|---|---|
|
🌧️
Précipitations
Amiens-Glisy |
2,5 mm
Cumul partiel |
Très faible cumul sur la première
moitié du mois.
Des précipitations supplémentaires sont intervenues après le 17 août. |
1er → 17 août 2026 Station Météo-France Amiens-Glisy |
|
🌡️
Température moyenne
Amiens-Glisy |
22,6 °C |
+3,9 °C
par rapport à la normale climatologique de la station. |
1er → 17 août 2026 Donnée provisoire |
|
💧
Nappe de la craie
Senlis-le-Sec |
64,45 m NGF
Niveau inférieur à la moyenne |
Moyenne historique d'août :
65,56 m NGF
Écart : −1,11 m Baisse sur 30 jours : −1,31 m |
11 août 2026 Hub'Eau / BRGM |
|
🏞️
Somme canalisée
Lamotte-Brebière |
4,16 m³/s
Débit très faible |
Moyenne interannuelle d'août :
10,8 m³/s
Écart indicatif : ≈ −61 % |
22 août 2026 à 03 h UTC Hub'Eau / HydroPortail |
À Lamotte-Brebière, le débit instantané observé le 22 août est particulièrement faible par rapport au débit moyen habituellement observé en août.
De même, le débit de 4,16 m³/s est une mesure instantanée. La moyenne d'août de 10,8 m³/s est une moyenne interannuelle mensuelle : la comparaison donne donc un ordre de grandeur du déficit, pas une hydraulicité mensuelle définitive.
Le niveau réglementaire de sécheresse est fixé par arrêté préfectoral et ne doit pas être déduit d'une seule mesure instantanée.
Mise à jour : 22 août 2026.
Ces chiffres expliquent pourquoi la vigilance est de mise. Si les pluies d’automne ne sont pas au rendez-vous, la capacité de régénération des réserves souterraines sera compromise pour l’année suivante. L’Agence de l’eau Artois-Picardie rappelle que 90% de l’eau potable du département provient de ces nappes de craie, rendant leur préservation vitale pour la sécurité civile.
4. Projections climatiques 2050 : vers une nouvelle norme
Les experts s’accordent sur le fait que cet été exceptionnel ne sera bientôt plus une anomalie. Didier Lhomme, président de Picardie Nature, souligne que les projections climatiques indiquent que les records de sécheresse actuels deviendront la norme à l’horizon 2050. Le changement climatique modifie la fréquence et l’intensité des phénomènes extrêmes dans les Hauts-de-France.
Pour anticiper ces crises récurrentes, les acteurs locaux travaillent sur le retour d’expérience (RETEX). Il s’agit de repenser l’aménagement du territoire et les pratiques culturales. L’introduction de variétés plus résistantes au stress hydrique et l’investissement dans des outils de pilotage de précision, comme les sondes tensiométriques, deviennent des leviers indispensables pour la résilience des exploitations.
Évolution des jours de vague de chaleur en France
Période de référence 1976–2005 vs horizon 2050
5. Conseils pratiques pour une gestion optimisée de l’eau
Face à la sécheresse Somme, les professionnels doivent adopter des stratégies de sobriété sans sacrifier leur rendement. Voici quelques recommandations techniques :
- Pilotage de l’irrigation : Utilisez des outils d’aide à la décision (OAD) pour apporter la juste quantité d’eau au moment où la plante en a le plus besoin.
- Entretien du matériel : Vérifiez l’uniformité d’aspersion des enrouleurs pour éviter les pertes par dérive ou ruissellement.
- Agriculture de conservation : Favorisez les couverts végétaux et le non-labour pour augmenter la capacité de rétention en eau des sols.
- Stockage hivernal : Étudiez les solutions de retenues collinaires ou de substitution, sous réserve des autorisations environnementales, pour capter l’eau quand elle est abondante.
Il est également conseillé de consulter régulièrement les bulletins de et les arrêtés préfectoraux mis à jour sur les plateformes officielles comme VigiEau.
FAQ SEO : Tout savoir sur la sécheresse dans la Somme
Quelles sont les zones les plus touchées par la sécheresse dans la Somme ?
La quasi-totalité du département est en alerte. Le bassin de la Maye est le plus critique, classé en alerte renforcée. Seuls les bassins de l’Authie, de la Nièvre et de l’Hallue restent en vigilance simple.
Quels sont les horaires d’interdiction d’arrosage pour les agriculteurs ?
En zone d’alerte, l’irrigation est interdite entre 11h et 18h. En zone d’alerte renforcée (bassin de la Maye), cette plage s’étend de 11h à 20h.
Comment obtenir une dérogation pour l’irrigation ?
Les demandes se font au cas par cas auprès de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM). Elles concernent principalement les cultures sensibles et les fins de cycle de récolte.
Pourquoi les nappes phréatiques de la Somme ne se rechargent-elles pas ?
Le déficit de pluies efficaces durant l’hiver et les températures élevées en été provoquent une évaporation intense, empêchant l’eau de s’infiltrer jusqu’aux réserves souterraines.
La sécheresse de cet été est-elle liée au changement climatique ?
Oui, selon les experts de Météo-France et du GIEC, l’augmentation de la fréquence des vagues de chaleur et l’irrégularité des précipitations sont des marqueurs directs du réchauffement climatique global.
En résumé
La sécheresse dans la Somme atteint un seuil critique en cette fin août. Le passage en alerte de la majorité du département et en alerte renforcée pour le bassin de la Maye impose des restrictions strictes. Si des dérogations permettent de sauver les récoltes actuelles, l’enjeu se déplace vers la gestion à long terme et l’adaptation aux projections climatiques de 2050. La solidarité entre les usagers et l’innovation technique seront les clés pour préserver cette ressource vitale.
Pour anticiper vos besoins en eau et adapter vos chantiers de récolte, consultez dès maintenant nos prévisions météo détaillées pour la Somme et suivez l’évolution des précipitations en temps réel.
Source :
Préfecture de la Somme
BRGM – Service géologique national



