En France, vers une taxe de 95€ par an sur les voitures électriques ? Ce que propose vraiment la Cour des comptes
La montée en puissance de la voiture électrique fait mécaniquement fondre les recettes de taxes sur l’essence et le diesel, pilier historique de la fiscalité de l’énergie en France. Pour anticiper ce manque à gagner, la Cour des comptes, via le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), avance l’idée d’une redevance annuelle moyenne de 95€ par véhicule électrique, calculée notamment selon la masse et l’empreinte au sol. Une mesure simple à gérer, potentiellement lucrative pour l’État… mais qui suscite de nombreuses questions sur la transition énergétique et l’acceptabilité sociale.
Pourquoi la Cour des comptes propose une redevance de 95€ ?
L’enjeu est d’abord budgétaire : la fiscalité de l’énergie a rapporté 59,7 milliards d’euros en 2024, soit près de 2% du PIB, mais ces recettes sont appelées à baisser avec la diminution progressive des carburants fossiles. Le CPO estime qu’à tarifs constants, les accises sur l’énergie pourraient perdre entre 7 et 10 milliards d’euros en 2030, et jusqu’à 30 milliards d’euros en 2050. Dans ce contexte, une redevance de détention de 95€ par voiture électrique rapporterait environ 3 milliards d’euros par an, soit près de 10% de cette perte attendue à long terme.
Tableau – Les grandes masses de la fiscalité de l’énergie
| Indicateur | Valeur estimée |
|---|---|
| Recettes fiscales énergie 2024 | 59,7 milliards d’euros |
| Baisse nette des accises attendue en 2030 | −7 à −10 milliards d’euros |
| Baisse nette des accises attendue en 2050 | −15 à −30 milliards d’euros |
| Recettes théoriques d’une redevance de 95 € par VE et par an | Environ 3 milliards d’euros |
Sources : Banque des Territoires · Vie publique ·
Pour Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes, il s’agit de « garantir une trajectoire soutenable pour les finances publiques » tout en accompagnant la transition écologique.
Une « vignette nouvelle génération », pas une taxe au kilomètre
Contrairement au modèle britannique, qui prépare une taxation au kilomètre pour les véhicules électriques dès 2028, la piste étudiée en France est celle d’une redevance fixe de détention. Le montant serait indexé sur des critères objectifs comme le poids et l’encombrement, dans l’esprit du malus au poids déjà appliqué aux modèles thermiques et hybrides. L’avantage est double : une collecte simple, une prévision budgétaire stable, sans avoir à installer des dispositifs complexes de suivi des kilomètres parcourus ou des consommations de recharge à domicile, que la réglementation européenne rend très difficiles à distinguer.
France vs Royaume-Uni : deux pistes de taxation
| Pays | Type de taxe envisagée | Ordre de grandeur annuel |
|---|---|---|
| France | Redevance de détention pour les véhicules électriques | 95 € par voiture électrique |
| Royaume-Uni | Taxe kilométrique sur les véhicules électriques | 250 à 330 € par an pour 15 000 km |
Cette comparaison montre que la France privilégie, à ce stade, une approche forfaitaire plutôt qu’une tarification à l’usage.
Pourquoi la Cour des comptes dit aussi qu’il est « trop tôt » pour taxer les VE
Le rapport souligne pourtant très clairement qu’appliquer une telle taxe maintenant serait contre‑productif pour la transition. Le parc automobile français reste faiblement électrifié (autour de 4% de véhicules électriques), et la priorité affichée des pouvoirs publics reste le soutien à l’achat de véhicules bas carbone via aides, bonus et leasing social. Selon le CPO, une redevance de 95€ dès aujourd’hui risquerait d’envoyer un mauvais signal aux automobilistes encore en thermique, en donnant l’impression qu’ils seront « punis » fiscalement s’ils passent à l’électrique.
La Cour des comptes recommande donc de considérer cette redevance comme une piste de réflexion à moyen terme, destinée à compenser la baisse des taxes sur les carburants, plutôt que comme une mesure immédiatement applicable.
FAQ SEO – Taxe de 95€ sur les voitures électriques
La taxe de 95€ par an sur les voitures électriques est‑elle déjà décidée ?
Non. Il s’agit d’une proposition issue du rapport « Quel avenir pour la fiscalité de l’énergie ? » du CPO, associé à la Cour des comptes, mais aucune loi ne l’a encore entérinée.
Pourquoi parler d’une redevance de détention et non d’une taxe kilométrique ?
Parce qu’une redevance annuelle est beaucoup plus simple à mettre en œuvre et à contrôler qu’une taxe au kilomètre, qui imposerait un suivi précis des trajets ou des consommations.
À quoi serviraient les 3 milliards d’euros de recettes ?
À compenser une partie de la baisse des recettes fiscales liées aux carburants fossiles, afin de préserver l’équilibre des finances publiques dans un contexte de transition énergétique.
Cette taxe ne risque‑t‑elle pas de freiner la transition vers l’électrique ?
Oui, si elle était appliquée trop tôt. La Cour des comptes insiste sur le fait qu’il est « encore trop tôt » pour taxer davantage les voitures électriques, afin de ne pas décourager les ménages de quitter le thermique.
Les voitures électriques sont‑elles déjà taxées en France ?
Elles restent exonérées de plusieurs dispositifs (malus CO2, malus au poids), mais bénéficient de moins d’exonérations qu’auparavant sur la carte grise, certaines régions ayant réduit ces avantages depuis 2025.
Une taxe sur la recharge à domicile est‑elle envisagée ?
Non. Le rapport juge la piste de la taxation spécifique de l’électricité de recharge techniquement lourde et juridiquement problématique, en raison des règles européennes sur l’électricité domestique.
L’idée d’une redevance annuelle de 95€ sur les voitures électriques s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir de la fiscalité de l’énergie, à l’heure où les recettes liées aux carburants fossiles vont mécaniquement diminuer. Si cette « vignette nouvelle génération » pourrait sécuriser plusieurs milliards d’euros par an, la Cour des comptes rappelle qu’il serait risqué de l’appliquer dès maintenant, sous peine de casser la dynamique d’électrification du parc automobile français. Pour les conducteurs, le message est clair : rien n’est décidé à court terme, mais le sujet des futures taxes sur la mobilité bas carbone va rester au cœur des discussions politiques des prochaines années.
Source :
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/quel-avenir-pour-la-fiscalite-de-lenergie
https://selectra.info/energie/actualites/marche/taxe-detention-vehicules-vignette-voiture-electrique
https://www.vie-publique.fr/en-bref/303505-fiscalite-de-lenergie-un-risque-budgetaire-anticiper


