Tortues de Floride relâchées dans les années 1990 :
comment elles ont fragilisé la cistude d’Europe dans le Marais poitevin
Achetées en animalerie dans les années 1990, des tortues de Floride devenues trop grandes pour leur aquarium ont été relâchées par milliers dans les cours d’eau français, notamment dans le Marais poitevin, cette zone humide partagée entre la Vendée et les Deux-Sèvres. Cette espèce exotique, dont l’importation a été interdite par l’Union européenne en 1997, entre aujourd’hui en concurrence directe avec la cistude d’Europe, seule tortue aquatique autochtone du territoire avec l’émyde lépreuse. Cette dernière est désormais protégée par la loi française et classée quasi menacée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Une interdiction européenne arrivée trop tard
La tortue de Floride, ou Trachemys scripta elegans, a été importée massivement en Europe à des fins commerciales entre la fin des années 1980 et 1997. Face aux risques identifiés pour la biodiversité locale, la Commission européenne a suspendu son importation par le règlement CE n° 2551/97 du 15 décembre 1997. Ce texte réglementaire, toujours en vigueur, interdit l’introduction dans l’Union européenne de plusieurs espèces exotiques jugées à risque, dont cette sous-espèce de tortue à tempes rouges. Le règlement européen n° 1143/2014 a ensuite renforcé ce dispositif en interdisant également la détention, l’élevage, le transport et la vente de l’espèce sur le territoire de l’Union à partir d’août 2016. Mais ces interdictions successives n’ont pas empêché la persistance de populations déjà installées dans la nature, issues des relâchers effectués avant leur entrée en vigueur.
Ce que montrent les données disponibles sur la cistude
La cistude d’Europe, Emys orbicularis, est inscrite aux annexes II et IV de la directive européenne Habitats-Faune-Flore, qui impose sa protection stricte et la désignation de zones de conservation spéciales. Elle figure également sur la liste des amphibiens et reptiles protégés sur l’ensemble du territoire français depuis un arrêté publié au Journal officiel en 1993. Son statut sur la liste rouge de l’UICN varie légèrement selon les échelles d’évaluation : elle est classée quasi menacée au niveau européen, tandis que les évaluations nationales françaises oscillent entre quasi menacée et vulnérable selon les régions et les années de suivi. Les causes de régression identifiées par les services de l’État incluent la disparition des zones humides par drainage, la fragmentation des habitats liée aux endiguements, la dégradation de la qualité de l’eau et la concurrence avec la tortue de Floride pour les sites de ponte et les zones d’alimentation ensoleillées.
Les limites et nuances à connaître
Un document officiel d’état des lieux Natura 2000 consacré au Marais poitevin, publié en 2022, apporte une précision importante : la présence de la cistude d’Europe dans ce marais reste aujourd’hui qualifiée d’accidentelle, avec seulement quelques observations ponctuelles répertoriées côté Charente-Maritime, et aucune preuve récente de reproduction ni d’installation d’une population stable n’a été constatée par les naturalistes. L’affirmation selon laquelle les relâchers de tortues de Floride auraient à eux seuls vidé les mares du marais mérite donc d’être nuancée : la régression de la cistude résulte d’un cumul de causes, la concurrence de l’espèce exotique n’étant que l’une d’entre elles, aux côtés de la disparition des habitats humides et de la pollution des eaux.
Les autorités environnementales, dont l’Office français de la biodiversité, rappellent qu’il est interdit de relâcher une tortue de Floride dans la nature. Les particuliers qui en possèdent une doivent la garder ou la confier à un refuge ou à certains parcs zoologiques équipés pour les recueillir, plutôt que de la libérer dans un cours d’eau ou un étang.
À retenir : tortue de Floride et cistude d’Europe
Introduite massivement comme animal de compagnie, la tortue de Floride peut entrer en concurrence avec les tortues aquatiques autochtones lorsqu’elle est abandonnée dans la nature. La cistude d’Europe, espèce protégée, reste quant à elle très dépendante de la conservation des zones humides et de leurs habitats.
Le règlement européen CE n° 2551/97 de décembre 1997 a notamment interdit l’introduction dans l’Union européenne de Trachemys scripta elegans, la tortue de Floride à tempes rouges, alors massivement commercialisée comme animal de compagnie.
La cistude d’Europe (Emys orbicularis) est l’une des deux tortues aquatiques autochtones présentes en France métropolitaine avec l’émyde lépreuse. Elle bénéficie d’un statut de protection réglementaire et est considérée comme quasi menacée à l’échelle européenne par l’UICN.
Un état des lieux Natura 2000 publié en 2022 décrit la présence de la cistude dans le Marais poitevin comme accidentelle et non reproductrice. Ces observations ne permettent pas, à elles seules, de démontrer l’existence passée d’une population locale aujourd’hui disparue.
La situation de la cistude résulte de plusieurs pressions : dégradation et drainage des zones humides, fragmentation des habitats, pollution de l’eau et présence de tortues exotiques susceptibles d’entrer en concurrence avec elle.
Une tortue exotique détenue en captivité ne doit pas être abandonnée dans une mare, un étang, un canal ou une rivière. En cas d’impossibilité de la conserver, il faut rechercher un refuge, un centre spécialisé ou une structure habilitée à prendre en charge l’animal.
| Espèce / situation | Statut | À retenir |
|---|---|---|
| 🐢 Tortue de Floride | Espèce exotique | Introduite principalement par le commerce des animaux de compagnie ; certaines populations se sont ensuite installées dans les milieux naturels. |
| 🌿 Cistude d’Europe | Autochtone et protégée | Espèce dépendante des zones humides, des plans d’eau calmes et de sites terrestres adaptés à la ponte. |
| 🌾 Marais poitevin | Présence occasionnelle | Le document Natura 2000 de 2022 ne signale pas de population reproductrice établie de cistudes. |
| ⚠️ Déclin de la cistude | Plusieurs causes | Destruction des habitats, fragmentation, pollution et concurrence avec certaines espèces exotiques peuvent se cumuler. |
| 🏡 Abandon dans la nature | Interdit | Une tortue détenue en captivité doit être confiée à une structure adaptée plutôt que relâchée dans l’environnement. |
L’impact ne se limite pas à une simple compétition directe. Plusieurs mécanismes peuvent se cumuler dans un habitat déjà fragilisé.
La présence de tortues de Floride peut exercer une pression supplémentaire sur certaines populations de tortues autochtones, mais elle ne doit pas être présentée comme l’unique cause de leur régression. La disparition et la fragmentation des zones humides constituent également des facteurs majeurs pour la conservation de la cistude.
La protection de la cistude passe avant tout par la préservation des zones humides et de leurs connexions écologiques, mais aussi par la prévention des introductions d’espèces exotiques. Une tortue de Floride ne doit donc jamais être relâchée dans la nature : lorsqu’un propriétaire ne peut plus la conserver, une structure spécialisée constitue la solution à privilégier.
Sources
- Office français de la biodiversité (OFB), communiqué du 24 juin 2025
-
DREAL Nouvelle-Aquitaine, fiche Cistude d’Europe, novembre 2016
-
Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), fiche espèce Cistude d’Europe
-
Docob Natura 2000 Marais poitevin, Tome 1 État des lieux, DREAL Pays de la Loire, 2022
-
Règlement (CE) n° 2551/97 de la Commission européenne, 15 décembre 1997
-
Règlement (UE) n° 1143/2014 relatif aux espèces exotiques envahissantes




