Rénovation énergétique :
un audit sur trois recommande des travaux qui aggravent la chaleur en été
Une analyse de la plateforme Argile.ai, spécialisée dans la donnée immobilière, révèle que près d’un audit énergétique sur trois recommande des travaux qui font grimper la température intérieure des maisons en été. L’étude, présentée le 20 septembre 2026 par BFMTV, porte sur environ 700 000 audits énergétiques de maisons individuelles publiés par l’Ademe. Elle intervient après les canicules de l’été 2026, qui ont relancé le débat sur l’adaptation des logements à la chaleur.
Ce que montrent les données disponibles
Selon Argile.ai, 26,5 % des scénarios de travaux étudiés provoquent une hausse de 1 à 5°C de la température intérieure en période chaude, et 4 % des cas entraînent un réchauffement supérieur à 5°C. Le problème vient en particulier de l’isolation du plancher bas posée sur la dalle, qui supprime ce que Pierre-Louis Guhur, dirigeant d’Argile.ai, appelle le seul « puits froid » gratuit du logement, à savoir le sol. D’après lui, 61 % des chantiers qui prescrivent ce type d’isolation aggravent le confort d’été.
L’isolation des murs par l’intérieur produit un effet comparable, selon la même source, à celui d’une caravane bien isolée : elle conserve le froid en hiver, mais retient aussi la chaleur en été. À l’inverse, l’isolation des murs par l’extérieur, plus coûteuse et plus complexe à mettre en œuvre, rafraîchirait les logements d’environ 1,1°C selon cette étude. Argile.ai illustre ce phénomène avec l’exemple d’une maison de 68 mètres carrés aux murs en pierre de 55 centimètres d’épaisseur, à Vernouillet dans les Yvelines : sans travaux, la température intérieure aurait atteint un peu plus de 35°C pendant la semaine la plus chaude de l’été 2026, contre plus de 44°C après les travaux préconisés par un audit réalisé en 2024, volets ouverts et fenêtres fermées.
L’ampleur du phénomène varie selon les régions. Dans les Landes, en Gironde, dans les Pyrénées-Orientales ou le Gers, seuls 15 % des travaux recommandés aggraveraient les températures intérieures. À Paris, la proportion grimpe à 53 %, contre 48 % dans les Hauts-de-Seine et 45 % dans le Val-de-Marne.
Les limites et nuances à connaître
Ces chiffres proviennent d’une entreprise privée spécialisée dans la donnée immobilière, et non d’un organisme scientifique indépendant ou d’une étude publiée dans une revue à comité de lecture. Ils méritent d’être traités comme une analyse sectorielle sourcée, avec sa méthodologie propre, plutôt que comme un consensus scientifique établi.
Le Diagnostic de performance énergétique comporte, depuis la réforme du 1er juillet 2021, un indicateur de confort d’été noté sur trois niveaux : insuffisant, moyen ou bon. Cet indicateur repose sur quatre critères selon BFMTV : l’inertie du bâtiment, la protection solaire, le caractère traversant du logement et l’isolation de la toiture. Il ne prend en revanche pas en compte le type d’isolant utilisé ni le type de plancher, ce qui explique, selon Pierre-Louis Guhur, pourquoi la part de chantiers aggravant le confort d’été reste identique même lorsque la note de confort d’été s’améliore sur le papier. Il résume cette limite en expliquant que l’indicateur n’est pas faux, mais aveugle à certains paramètres déterminants.
Une réforme du DPE encore incertaine
Après la canicule de juin 2026, le gouvernement a annoncé vouloir réformer le DPE. Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a indiqué devant les députés en juillet 2026 la nécessité de réécrire ce diagnostic pour y ajouter une indication distincte sur le confort d’été. Un projet de loi relatif à la relance du logement, adopté en première lecture par le Sénat le 8 juillet 2026, intègre déjà le confort d’été dans la définition d’une rénovation énergétique performante. Cette réforme n’est toutefois pas encore entrée en vigueur, et son calendrier définitif reste, à ce jour, incertain.
Ce qu’il faut vérifier avant des travaux
Pour un propriétaire de maison ancienne aux murs épais, la prudence s’impose avant d’engager une isolation par l’intérieur ou du plancher bas. Quelques points de vigilance :
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Demander au diagnostiqueur ou à l’artisan si les travaux envisagés risquent de supprimer l’inertie fraîche naturelle du bâti, notamment sur dalle nue.
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Comparer, quand cela est possible, l’isolation par l’extérieur à celle par l’intérieur, en tenant compte des règles d’urbanisme locales et de l’avis éventuel des architectes des Bâtiments de France.
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Vérifier la présence de protections solaires extérieures, volets ou brise-soleil, qui jouent un rôle important dans le confort d’été indépendamment du type d’isolation choisi.
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Ne pas se fier uniquement à la lettre du DPE actuel pour anticiper le comportement du logement en canicule, cet indicateur restant partiel selon Argile.ai.
À retenir : certains travaux peuvent-ils aggraver la chaleur dans les logements ?
Une analyse menée par Argile.ai à partir d’environ 700 000 audits énergétiques issus des données de l’Ademe met en évidence un paradoxe : certaines rénovations destinées à améliorer les performances énergétiques en hiver peuvent, selon cette étude, dégrader le confort intérieur pendant les fortes chaleurs estivales.
Selon l’analyse d’Argile.ai, environ un tiers des audits étudiés contiendrait au moins une recommandation de travaux susceptible de dégrader le confort thermique intérieur en été.
L’étude cite principalement l’isolation du plancher bas sur dalle et l’isolation des murs par l’intérieur parmi les solutions pouvant, dans certaines configurations, réduire la capacité du bâtiment à rester frais en été.
Selon l’analyse, l’isolation thermique par l’extérieur apparaît comme la solution la plus favorable pour combiner performance hivernale et confort estival. Elle reste toutefois généralement plus coûteuse et plus complexe à mettre en œuvre.
Depuis la réforme de 2021, le diagnostic de performance énergétique comporte un indicateur consacré au confort d’été. Celui-ci reste cependant limité et ne prend notamment pas en compte, selon l’analyse citée, la nature précise de l’isolant ni certaines caractéristiques du plancher.
Une réforme prévoyant de mieux identifier le confort d’été dans le DPE, notamment à travers un indicateur ou une notation spécifique, a été annoncée. Son entrée en vigueur effective doit toutefois être distinguée de l’annonce elle-même.
| Élément étudié | Effet potentiel sur le confort d’été | Point d’attention |
|---|---|---|
| 🧱 Isolation des murs par l’intérieur | Peut modifier l’inertie thermique disponible côté intérieur selon la configuration du bâtiment. | À étudier au cas par cas |
| ⬇️ Isolation du plancher bas | Peut limiter certains échanges thermiques avec les parties plus fraîches du bâtiment ou avec le sol. | Effet variable |
| 🏢 Isolation par l’extérieur | Permet de conserver davantage de masse thermique du côté intérieur du logement. | Souvent favorable |
| 📊 DPE actuel | Intègre déjà une estimation du confort d’été. | Indicateur encore limité |
L’isolation ne joue pas seule : l’inertie du bâtiment, les protections solaires, la ventilation nocturne, l’orientation, les vitrages et la couleur des façades influencent également fortement la température intérieure.
Dire qu’une technique d’isolation « augmente la chaleur » n’est pas valable de manière universelle. Les résultats dépendent notamment de la conception du bâtiment, de son orientation, de son inertie, des protections solaires, de la ventilation et du climat local. Les conclusions présentées ici correspondent aux résultats de l’analyse citée et doivent être interprétées dans ce contexte.
La rénovation énergétique ne doit plus seulement viser la réduction des besoins de chauffage en hiver. Avec la multiplication des fortes chaleurs, le confort d’été devient un critère essentiel. Une rénovation performante doit donc combiner isolation, inertie, protections solaires et possibilités de rafraîchissement nocturne afin d’éviter de créer de nouveaux problèmes en période estivale.
Pour suivre l’actualité de la rénovation énergétique et des évolutions réglementaires liées au climat, retrouvez nos autres articles consacrés à l’habitat et à la transition énergétique.
Sources
BFMTV, 20 septembre 2026 — La maison était fraîche, les travaux l’ont transformée en four
Pierre-Louis Guhur, dirigeant d’Argile.ai — À propos d’Argile — Pierre-Louis Guhurargile
Vincent Jeanbrun, ministre du Logement — Compte rendu de la séance du 15 juillet 2026 — Assemblée nationalebfmtv




