Après les Canadair : les trois projets français qui réinventent le bombardier d'eau

Après les Canadair : les trois projets français qui réinventent le bombardier d’eau

Last Updated: 4 août 2026

Après les Canadair : les trois projets français qui réinventent le bombardier d’eau

Face à une flotte de Canadair vieillissante et aux mégafeux de plus en plus intenses, trois industriels français se lancent dans une course technologique pour réinventer le bombardier d’eau. Les incendies dévastateurs de Gironde et des Landes ont remis en lumière les fragilités de cette flotte et accéléré la réflexion autour de ces alternatives. Entre conversion d’avions existants et construction d’appareils entièrement neufs, voici comment ces projets complémentaires comptent transformer la lutte aérienne contre le feu.

Pourquoi remplacer les Canadair devient urgent

La France dépend d’un monopole canadien unique pour ses bombardiers d’eau, alors que sa flotte de CL-415 arrive en fin de vie. Les nouvelles commandes auprès du fabricant canadien n’arriveront pas avant 2032, laissant un vide critique face à l’intensification des feux liée au changement climatique.

Kepplair Evolution : le pragmatisme immédiat

Basée à Toulouse et fondée en 2012 par David Joubert, pilote chez Air France, cette société mise sur la conversion d’un avion existant plutôt que sur la rupture technologique.

Un ATR 72 transformé avec un kit de largage

Le projet Kepplair 72 consiste à équiper un ATR 72, neuf ou recyclé, d’un kit convertissant l’appareil en bombardier d’eau ou de retardant. La société revendique le calendrier le plus court des trois projets, avec des premiers essais de largage visés fin 2026 ou début 2027, pour une commercialisation espérée dès 2027. Le projet bénéficie déjà d’un soutien public de 5 millions d’euros, dont 1,5 million via le Fonds européen de développement régional, dans le cadre de France 2030.

Positive Aviation : l’écopage en vol

Née en 2024 à Toulouse sous l’impulsion d’anciens ingénieurs d’Airbus, cette entreprise développe le FF72, un pari technique différent sur la même plateforme ATR 72.

Le principe des flotteurs composites

Positive Aviation reprend un ATR 72 de seconde main et l’équipe de deux flotteurs en composite fabriqués par le chantier naval Multiplast, permettant l’amerrissage et l’écopage en douze secondes. Deux versions sont prévues : un modèle amphibie capable de prélever 8 000 litres d’eau et une version tanker embarquant jusqu’à 10 000 litres de retardant. Les premiers vols du démonstrateur sont attendus dès l’été 2026, avec des tests à Biscarrosse et Marseille, pour une livraison du premier appareil en service fin 2028.

Hynaero : l’outsider de rupture technologique

Fondée à Istres en 2023 par quatre cadres issus de la sécurité civile, de l’armée de l’air et de l’industrie aéronautique, Hynaero représente le projet le plus ambitieux techniquement.

Le Frégate-F100, un hydravion conçu de zéro

Contrairement à ses concurrents, Hynaero développe un hydravion à coque entièrement neuf, capable d’écoper dix tonnes d’eau, presque le double d’un Canadair. L’appareil intègre des commandes de vol électriques fly-by-wire, un viseur tête haute et une intelligence artificielle pour cartographier les incendies et optimiser les largages selon le vent. Après une levée de fonds de 117 millions d’euros en mars 2026 auprès de Bpifrance et de la région Sud, le premier vol est prévu début 2031 pour une entrée en service en 2032, pour un coût total de programme estimé à environ un milliard d’euros.

Comparatif des trois projets français

Trois programmes français ambitionnent de renouveler la lutte aérienne contre les feux de forêt, avec des choix techniques et des calendriers très différents.

Critère Kepplair Evolution Positive Aviation Hynaero
Base technique ATR 72 cargo transformé Réservoir et système de largage, avec remplissage au sol. ATR 72 d’occasion transformé FF72-S amphibie sur flotteurs et FF72-T terrestre sur roues. Appareil amphibie entièrement neuf Fregate-F100 conçu dès l’origine autour d’une coque permettant l’écopage.
Capacité annoncée 7 500 litres Eau ou retardant, selon la mission. 8 000 à 10 000 litres 8 000 l pour le FF72-S amphibie ; jusqu’à 10 000 l d’eau pour le FF72-T terrestre. 10 tonnes d’eau Soit environ 10 000 litres.
Premier vol ou essais Essais de largage visés fin 2026 Objectif annoncé Premier vol visé en 2026 Démonstrateur FF72-S-X1 en assemblage à Toulouse-Blagnac. Objectif annoncé Premiers essais en vol début 2031 Calendrier prévisionnel
Disponibilité envisagée Certification et premières livraisons en 2027 Sous réserve des essais Opérations possibles dès 2028 Objectif du constructeur Premières livraisons fin 2032 Calendrier prévisionnel
Financements et soutiens annoncés 5 millions d’euros de soutien public État et Région Occitanie, dans le cadre de France 2030 et du FEDER. Montant public global non communiqué Soutiens affichés : Créalia, Airbus Development, Airbus Engineering Services, entreprises familiales et contributeurs privés. 117 millions d’euros levés Tour de table Seed et Série A associant notamment Bpifrance, la Région Sud et des capitaux privés ; ce montant ne constitue pas intégralement une aide publique.

À retenir : au 4 août 2026, ces trois appareils demeurent en phase de développement. Les performances, certifications et dates de livraison restent susceptibles d’évoluer au fil des essais et des décisions industrielles. Sources : Kepplair Evolution, Positive Aviation et Hynaero.

Quel avenir pour la lutte aérienne contre les incendies

Ces trois projets n’avancent pas au même rythme : Kepplair revendique le calendrier le plus court tandis qu’Hynaero, le plus ambitieux techniquement, reste le plus lointain. Leur succès dépendra largement d’une commande ferme de l’État français, condition sine qua non pour transformer ces prototypes prometteurs en flotte opérationnelle.

FAQ

Pourquoi la France cherche-t-elle une alternative aux Canadair ?
La flotte de CL-415 vieillit rapidement, le fabricant canadien ne peut livrer de nouveaux appareils avant plusieurs années, et les incendies de forêt s’intensifient avec le changement climatique.

Quel est le projet français le plus avancé pour remplacer les Canadair ?
Kepplair Evolution revendique le calendrier le plus court, avec des essais de largage visés fin 2026 et une commercialisation espérée dès 2027.

Quelle est la capacité d’eau du Frégate-F100 d’Hynaero ?
Le Frégate-F100 peut emporter 10 000 litres d’eau, soit près du double de la capacité d’un Canadair classique.

Pourquoi plusieurs projets français utilisent-ils l’ATR 72 ?
Cet avion commercial existe en 800 exemplaires dans le monde, ce qui rend sa conversion en bombardier d’eau bien moins coûteuse que la fabrication d’un appareil neuf.

Quand les nouveaux bombardiers d’eau français seront-ils opérationnels ?
Les calendriers varient fortement : dès 2027 pour Kepplair, fin 2028 pour Positive Aviation, et 2032 pour Hynaero.

Ces projets bénéficient-ils d’un soutien financier de l’État ?
Oui, Kepplair a reçu 5 millions d’euros de la région Occitanie et du FEDER, tandis qu’Hynaero a levé 117 millions d’euros avec le soutien de Bpifrance et de la Région Sud.

Ces trois projets illustrent la diversité des approches françaises face à l’urgence du renouvellement des moyens aériens de lutte contre les incendies, entre pragmatisme économique et rupture technologique. Pour suivre l’évolution du risque incendie dans votre région et anticiper les périodes critiques où ces moyens aériens seront mobilisés, consultez dès maintenant nos prévisions météo locales et notre indice de risque incendie mis à jour en temps réel.