Chroniques anciennes
Les grands hivers
de −51 à 762
Une traversée de plus de huit siècles de froids extrêmes, de fleuves gelés, de crues historiques et d’étonnantes douceurs saisonnières rapportés par les chroniqueurs.
Quand les chroniques racontent le climat
Avant les relevés instrumentaux, l’histoire du temps repose sur des récits : cours d’eau pris par les glaces, récoltes détruites, pluies interminables ou floraisons hors saison. Cette page restitue les notices transmises, avec une orthographe harmonisée et un classement chronologique.
Antiquité et Antiquité tardive
Après le succès de Vercingétorix à Gergovie, les Éduens, jusque-là alliés de César, envisagent de le rejoindre. Partis de Noviodunum — l’actuelle Nevers — ils trouvent devant eux une Loire enflée par les neiges
et qui ne semble guéable nulle part. Le récit décrit une crue de printemps, non une inondation hivernale.
Un hiver doux est signalé en Gaule.
Un hiver marqué par un froid excessif est rapporté dans l’actuel département de l’Oise.
Une inondation ravage la ville de Lyon.
Dans le nord de la France, les grandes rivières sont prises par les glaces.
L’hiver est décrit comme particulièrement rude dans le nord des Gaules.
En Normandie, les fleuves gèlent. Le récit ajoute que des troupes germaniques, défaites près de Châlons, auraient laissé sur le terrain 4 000 blessés morts de froid.
Au mois de mars, une longue période de pluies — vingt jours successifs selon la chronique — provoque des inondations.
La rigueur de l’hiver aurait causé la mort par le froid d’un grand nombre de personnes dans la région du Nord.
En décembre et en janvier, la Meuse est prise par les glaces.
L’un des hivers les plus rigoureux de la série. La Seine aurait gelé dans toute son étendue
et charrié de vastes plaques de glace, comparées à des plaques de marbre prêtes à relier les deux rives.
L’hiver est rigoureux et la Seine est entièrement prise.
Dans la région du Nord, l’hiver est décrit comme beaucoup plus rude que de coutume.
Au mois de janvier, l’hiver est qualifié d’excessivement rigoureux.
Lors du transport du corps de saint Martin vers Tours, les 10 et 11 novembre, un soleil inhabituellement chaud aurait accompagné les pèlerins et fait refleurir les roses. Le récit rattache à cet épisode l’expression été de la Saint-Martin
.
Hiver très rigoureux en Provence. Le Rhône aurait été pris sur toute sa largeur ; la source ancienne associe ce phénomène à une température voisine de −18 °C, estimation à considérer avec prudence.
Un nouvel hiver très rigoureux est mentionné en Provence.
De grandes gelées sont rapportées du 30 octobre 410 au 12 février 411.
L’hiver aurait été si rigoureux, avec une telle abondance de glace et de neige, que les oiseaux et d’autres animaux sauvages se laissaient prendre à la main.
Hiver rigoureux en Provence : le Var aurait gelé.
Un hiver doux est suivi d’un été frais. Le texte évoque un renversement absolu des quatre saisons et de leurs produits
dans le Midi.
Haut Moyen Âge
Le froid aurait été si intense que l’on pouvait prendre les oiseaux à la main.
L’hiver est très rude dans les Gaules. Selon le récit, tous les fleuves de France pouvaient être traversés à pied.
En Gaule, les rivières gelées auraient permis aux habitants de les traverser.
La chronique de Mortemer rapporte un froid si rigoureux en Normandie que les animaux sauvages, incapables de réagir, se laissaient prendre à la main.
En Normandie, la neige aurait couvert le sol pendant cinq mois
.
Un hiver froid est signalé dans le Midi.
Hiver très rigoureux dans les Gaules, avec une grande abondance de glace et de neige. Le sol serait resté enneigé plus de cinq mois et de nombreux oiseaux auraient péri.
De grandes inondations touchent le centre de la Gaule, notamment les territoires traversés par l’Allier et ses affluents.
Les pluies tombent avec violence, les rivières gonflent et les chemins sont défoncés dans le bassin de la Loire.
Une crue de la Loire empêche Roccolène, gouverneur du Maine, de s’emparer de Tours.
Au début d’octobre, après deux jours de pluies continues, le Rhône et la Saône entrent en crue et se rejoignent au milieu de la presqu’île lyonnaise. Le courant renverse une partie des murs et emporte de nombreuses maisons. L’Allier, la Loire et leurs affluents débordent aussi, dévastant les plaines de la Limagne et du Forez. La chronique évoque douze jours de pluie en Auvergne et vingt à Lyon.
Au mois de janvier, pluies, éclairs et tonnerre sont très forts. La douceur est telle que des fleurs apparaissent sur les arbres.
Première crue mentionnée touchant la capitale et les communes riveraines. En février, la Seine, l’Yonne et la Marne grossissent au-delà de l’ordinaire ; plusieurs personnes périssent. Après la débâcle des glaces, la Seine couvre la rive droite entre la cité et la basilique Saint-Laurent.
Une douceur constante aurait permis de voir des roses au mois de janvier.
Des inondations de la Loire sont suivies d’une famine.
En septembre, les arbres refleurissent. Plusieurs, après avoir déjà porté des fruits, en produisent de nouveaux jusqu’aux fêtes de Noël.
Au mois d’octobre, une seconde fructification des vignes est signalée.
Les arbres fleurissent en automne et donnent des fruits ; des roses apparaissent en décembre.
Des roses réapparaissent au mois de novembre.
En Provence, l’hiver est décrit comme si rude que personne ne se souvenait en avoir connu de pareil.
Le froid aurait été assez intense pour geler la mer et tuer de nombreux poissons. La chronique classe cette gelée parmi les plus fortes et signale une famine à sa suite.
Un froid inhabituel tue une grande partie de la vigne.
Un froid extraordinaire est suivi d’une disette considérable.
Dans l’Oise, le froid fait périr une grande partie des vignes de France.
Un hiver très rigoureux est signalé dans l’Oise.
Un hiver rude détruit les vignes dans une grande partie de la France.
Un hiver très rigoureux est de nouveau mentionné dans l’Oise.
L’entrée transmise est classée sous 664–665, mais son propre récit cite l’année 695 : l’abbé Décorde aurait alors rapporté que la Tamise gela assez profondément pour que des cabanes soient construites et occupées sur la glace pendant six semaines.
L’hiver est décrit comme très rigoureux dans les Gaules ; oiseaux et autres animaux, affaiblis par la glace et la neige, se seraient laissés prendre à la main.
Un hiver très rigoureux est signalé, sans autre précision dans la notice transmise.
En octobre, des pluies abondantes provoquent une crue exceptionnelle de la Loire. Des courants d’une rapidité effroyable auraient emporté des villages entiers.
Les Annales de Saint-Wandrille rapportent qu’en Normandie la gelée commence en octobre et se prolonge jusqu’en février. Sa durée aurait été telle que certains crurent à la fin du monde.
La Gaule se serait trouvée sous dix mètres de neige. Cette hauteur extraordinaire, reprise telle qu’elle apparaît dans le texte transmis, ne peut être interprétée comme une mesure instrumentale fiable.
Sources et précautions
- Climatologie de la France : sélection de données statistiques, Marcel Garnier, Mémorial de la Météorologie nationale, n° 50, 1967, 294 pages.
- Pour la critique méthodologique des anciennes compilations climatiques : discussion et références à Pierre Alexandre, Le climat en Europe au Moyen Âge.
