France et Europe • 1962–1963
Hiver 1962–1963
Trois mois de grand froid
De la mi-novembre au début de mars, les gelées, la neige et les jours sans dégel s’installent avec une persistance exceptionnelle. En France, il demeure l’hiver le plus froid observé depuis 1900.
Un froid moins brutal qu’en 1956, mais beaucoup plus persistant
Les gelées généralisées commencent vers le 13 novembre 1962 et se poursuivent, avec quelques interruptions plus sensibles dans l’Ouest et le Midi, jusqu’aux 5 et 6 mars 1963. La phase la plus rigoureuse s’étend du 12 janvier au 6 février.
La moyenne nationale de l’hiver atteint environ 0,7 °C, soit plus de 5 °C sous la normale 1991–2020. Les records absolus sont moins nombreux qu’en février 1956, mais l’accumulation de semaines froides rend l’épisode hors norme.
Un hiver qui saisit le pays
Un déficit généralisé
Par rapport à la normale 1921–1950, les trois mois d’hiver présentent un déficit de 2 à 3 °C dans la moitié sud et de 4 à 5 °C dans la moitié nord. En janvier, l’écart atteint souvent 6 à 7 °C hors du Midi.
Le littoral n’est pas épargné : le bassin d’Arcachon est pris par les glaces sur près de 2 km et la banquise côtière s’étend de Dunkerque jusqu’aux plages belges.
Un phénomène à l’échelle de l’hémisphère
Le froid affecte aussi l’est des États-Unis et du Canada, la Chine, le Japon, la Sibérie et surtout l’Europe occidentale. La Pologne connaît des déficits mensuels particulièrement marqués.
À l’inverse, l’Alaska, l’Islande, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Inde connaissent souvent des températures supérieures à leurs normales.
Températures et jours de gel
Les valeurs ci-dessous reprennent les stations et les séries citées dans la chronique météorologique.
Température moyenne de l’hiver 1962–1963
| Station | Moyenne | Repère historique |
|---|---|---|
| Strasbourg-ville | −3,2 °C | Parmi les plus basses de la série |
| Besançon | −2,4 °C | Plus basse valeur depuis 1885 |
| Lyon–Saint-Genis-Laval | −1,4 °C | Sous les hivers 1890–1891 et 1941–1942 |
| Clermont-Ferrand | −1,2 °C | Plus basse valeur depuis 1878 |
| Paris–Saint-Maur | −0,6 °C | Deuxième rang de la série citée |
| Nantes-observatoire | 1,3 °C | Plus faible valeur indiquée depuis 1851 |
| Toulouse-Francazal | 3,2 °C | Très proche de 1941–1942 |
| Marignane | 4,0 °C | 3,7 °C en 1941–1942 |
| Marseille-observatoire | 5,5 °C | 4,6 °C en 1941–1942 |
Fréquence du gel
| Station | Gel sous abri | Forte gelée | Grand froid | Sans dégel |
|---|---|---|---|---|
| Besançon | 95 | 51 | 27 | 40 |
| Lyon-Bron | 84 | — | — | — |
| Le Bourget | 86 | 44 | — | — |
| Paris–Saint-Maur | — | 39 | — | — |
| Nantes-observatoire | — | 25 | 4 | 17 |
Des effets durables sur les sols et les activités
La répétition du gel pendant près de trois mois provoque des conséquences très différentes d’une vague de froid brève : les sols gèlent en profondeur, les voies d’eau restent prises et le dégel fragilise fortement les chaussées.
76 jours de sol gelé à Saint-Maur et jusqu’à 60 cm de profondeur dans l’intérieur de la moitié nord ; le dégel endommage de nombreuses routes.
Les canaux et rivières du Nord et du Nord-Est restent gelés du 27 décembre au début de mars ; même de grands fleuves sont localement pris.
Les chantiers du bâtiment sont arrêtés pendant près de trois mois et les blés d’hiver subissent des dégâts malgré l’arrivée progressive du froid.
Évolution quotidienne
Chaque date donne accès aux cartes de réanalyse à 500 et 850 hPa. Ouvrez les cartes, puis cliquez sur chacune pour l’afficher en grand écran.
Décembre 1962
Du 23 au 31 décembre, le basculement hivernal devient brutal et la neige gagne jusqu’au littoral méditerranéen.
Début de l’offensive hivernale qui ouvre une séquence froide durable sur l’Europe occidentale.
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En vingt-quatre heures, la température à 850 hPa chute de 15 à 20 °C d’ouest en est. La neige atteint 20 cm à Marignane et 40 cm sur l’île Pomègues, au large de Marseille.
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Le jour de Noël se déroule sous un froid généralisé ; la neige et le gel compliquent les déplacements dans de nombreuses régions.
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Un flux de nord-est bien établi entretient l’arrivée d’air continental très froid.
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De très fortes chutes de neige touchent le nord du pays. Les canaux et rivières du Nord et du Nord-Est commencent une longue période de gel.
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L’air froid demeure solidement installé sur la France et les îles Britanniques.
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Une tempête de neige historique frappe l’Angleterre et marque le début du « Big Freeze » britannique.
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Léger redoux en France, tandis que l’Angleterre reste paralysée : plus d’un mètre de neige est rapporté localement et les congères atteignent 4 à 5 m.
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Le léger redoux se maintient temporairement en France, sans mettre fin à l’épisode hivernal.
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Janvier 1963
Après un redoux relatif du 4 au 10 janvier, la phase la plus sévère débute le 12 et culmine le 23.
L’année commence dans une ambiance toujours hivernale ; le froid persiste sur une grande partie de l’Europe occidentale.
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D’importantes chutes de neige affectent de nouveau l’Angleterre.
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La circulation atmosphérique reste favorable au maintien du froid sur l’Europe occidentale.
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Début d’un léger redoux, relatif et temporaire.
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Le léger redoux se poursuit, mais le froid reste présent au sol.
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Températures un peu moins sévères sans véritable disparition du gel.
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La parenthèse moins froide se prolonge sur une partie du pays.
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Le redoux demeure limité et ne rompt pas la continuité de l’hiver.
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Le froid reste en réserve sur le nord et l’est de l’Europe.
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Fin de la courte phase de redoux avant une nouvelle offensive majeure.
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L’air froid se réorganise à proximité de la France.
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Début de la phase la plus rigoureuse de l’hiver, qui se prolongera jusqu’au 6 février.
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Les fortes gelées se généralisent de nouveau sur le pays.
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La séquence de grand froid se maintient, avec de nombreux jours sans dégel.
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Le froid continental reste durablement installé sur l’Europe occidentale.
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Gel permanent et fortes gelées caractérisent une grande partie du territoire.
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Les cours d’eau et canaux déjà gelés restent pris par la glace.
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La persistance du gel accentue la profondeur du sol gelé dans la moitié nord.
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Le froid demeure intense à l’approche du pic de la troisième semaine de janvier.
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Une goutte froide se positionne sur l’Angleterre et entretient le blocage hivernal.
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La masse d’air glaciale reste en place sur la France.
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Les minima baissent fortement avant le point culminant du 23 janvier.
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Pic majeur : −26,9 °C à Ambérieu et −26 °C à Vichy. Dans plusieurs régions, les minima descendent sous toutes les valeurs alors connues.
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Après les minima extrêmes de la veille, le gel reste très sévère.
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Le grand froid persiste, sans dégel dans de nombreuses stations.
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Les infrastructures et les sols subissent les effets cumulés de plusieurs semaines de gel.
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La France demeure sous une circulation froide et durable.
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Sur la côte du Pas-de-Calais, l’hiver transforme jusque les plages ; des scènes de ski y sont rapportées.
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Le froid se maintient à la fin du mois, notamment dans la moitié nord.
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Les gelées généralisées se poursuivent et les cours d’eau restent localement pris.
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Janvier s’achève avec un déficit thermique exceptionnel sur une grande partie du pays.
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Février 1963
La rigueur maximale cesse autour du 6 février, mais le froid ne recule réellement qu’au début de mars.
Du 1er au 3 février, neige et froid intense frappent les Pyrénées-Orientales, l’Hérault, le Var et la Corse : 35 cm à Montpellier et au cap Béar, 27 cm à Cavaillon, 23 cm à Carcassonne et 20 cm à Sète comme à Perpignan.
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Les fortes chutes de neige se poursuivent dans le Sud et en Corse : 25 cm sont relevés à Calvi et Solenzara, 17 cm à Bastia.
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La séquence neigeuse méridionale se termine, tandis que le froid reste intense.
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Le gel persiste sur une grande partie du pays au cœur de la phase la plus rigoureuse.
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Montpellier relève −17,8 °C. La neige reste durablement au sol dans les régions méridionales touchées.
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Fin conventionnelle de la période la plus rigoureuse commencée le 12 janvier ; l’hiver reste néanmoins froid.
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Dans le Midi, le froid intense a maintenu la neige au sol pendant sept jours.
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Le froid reste présent sur une grande partie du pays, malgré des fluctuations quotidiennes d’intensité.
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Un léger redoux apparaît en fin de mois. Il ne se généralise qu’au début de mars, avec l’installation d’un flux de sud-ouest plus doux et anticyclonique.
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Cartes de réanalyse NOAA à 00 UTC, visualisation Wetterzentrale. Les cartes servent à lire la circulation atmosphérique ; elles ne remplacent pas les mesures relevées au sol.
Les seuils employés
L’hiver 1962–1963 au Royaume-Uni
Le « Big Freeze » britannique est le plus froid depuis plus de deux siècles. Cliquez sur une photographie pour l’agrandir.
