Selon des estimations scientifiques, l’urine des touristes a fait fondre 154 tonnes de glace sur l’Everest, selon des estimations scientifiques
Le camp de base de l’Everest est le théâtre d’un phénomène physique fascinant et préoccupant. Au-delà du réchauffement climatique global, des activités humaines locales, comme le rejet d’urine par des milliers de visiteurs, contribuent à la fonte accélérée de la glace. Pour comprendre comment 154 tonnes de glace peuvent disparaître, il faut plonger dans la thermodynamique, la science qui étudie les mouvements de l’énergie sous forme de chaleur.
Les trois piliers du transfert thermique
La chaleur ne reste jamais immobile ; elle cherche constamment à s’équilibrer en circulant des zones chaudes vers les zones froides. Ce voyage de l’énergie emprunte trois voies distinctes.
- La conduction : le contact direct
La conduction thermique est le transfert d’énergie au sein d’un milieu matériel, sans déplacement de matière. Imaginez une cuillère en métal dans une tasse de thé brûlant : la chaleur remonte jusqu’à vos doigts par chocs successifs entre les molécules. Sur l’Everest, lorsqu’un liquide chaud (comme l’urine à 37°C) entre en contact avec la glace à -5°C, l’agitation moléculaire se transmet instantanément. La glace absorbe cette énergie, ce qui fragilise sa structure cristalline. - La convection : le mouvement des fluides
La convection implique un déplacement de matière. C’est ce qui se passe dans une casserole d’eau ou dans l’atmosphère. Au camp de base, l’air réchauffé par le soleil ou par les tentes des alpinistes devient moins dense et s’élève, créant des courants qui transportent la chaleur vers les parois glaciaires environnantes. - Le rayonnement : l’énergie invisible
Le rayonnement thermique ne nécessite aucun support matériel. C’est ainsi que le Soleil chauffe la Terre à travers le vide spatial. Tout corps dont la température est supérieure au zéro absolu émet des photons thermiques. La neige, bien que blanche, absorbe une partie de ce rayonnement, surtout si elle est souillée par des poussières ou des déchets, ce qui diminue son albédo (son pouvoir réfléchissant).
Effet de la température et des transferts de chaleur sur la fonte de la glace
La fonte d'une glace ou d'un glacier résulte de plusieurs échanges d'énergie. La conduction thermique peut être décrite par la loi de Fourier, mais elle ne représente qu'une partie du bilan énergétique total.
| Facteur | 📘 Mécanisme | 🧊 Effet sur la glace | 🌍 Importance à l'échelle d'un glacier |
|---|---|---|---|
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Différence de température
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Lorsqu'une source plus chaude est en contact avec une surface froide, de l'énergie thermique est transférée vers la glace. | Réchauffement puis fonte locale Une glace à −5 °C doit d'abord être réchauffée jusqu'à 0 °C. Une énergie supplémentaire est ensuite nécessaire pour provoquer sa fusion. | Effet important localement, mais insuffisant à lui seul pour expliquer l'évolution d'un glacier entier. |
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Conduction thermique
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La loi de Fourier décrit le transfert de chaleur par conduction :
Φ = −k × A × dT/dx
Φ : puissance thermique transféréek : conductivité thermique A : surface d'échange dT/dx : gradient de température |
Plus le gradient thermique est important, plus le transfert de chaleur par conduction peut être élevé, toutes choses égales par ailleurs. | Ce mécanisme intervient localement, mais la fonte d'un glacier ne peut pas être décrite par la seule conduction. |
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Présence humaine
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Le corps humain, dont la température interne est proche de 37 °C, peut transmettre de la chaleur à une surface froide lors d'un contact direct ou indirect. | Effet thermique très localisé L'effet dépend de la durée du contact, des vêtements, de la surface concernée et des matériaux intermédiaires. | Négligeable à l'échelle d'un glacier. La chaleur corporelle ne peut pas expliquer la déstabilisation de grandes masses de glace. |
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Campements et équipements
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Le passage répété, les installations et certains matériaux peuvent modifier localement la neige : tassement, salissures, modification de l'albédo ou perturbation de la surface. | Modification locale de la surface L'effet peut favoriser ou parfois limiter localement la fonte selon le matériau, l'ombrage et les conditions de surface. | Effet généralement limité aux zones directement fréquentées ou aménagées. |
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Bilan énergétique météo
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Le rayonnement solaire, le rayonnement infrarouge, la température de l'air, le vent, l'humidité, la pluie et l'albédo déterminent une grande partie des échanges d'énergie à la surface du glacier. | Facteur majeur de fonte | Ces échanges contrôlent largement la fonte saisonnière de surface et le bilan de masse du glacier. |
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Dynamique glaciaire
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Écoulement de la glace, pente, crevasses, circulation d'eau sous-glaciaire et conditions au lit rocheux influencent le déplacement et la stabilité du glacier. | Ce n'est pas un mécanisme de fonte de surface à proprement parler, mais il peut accélérer la perte de masse ou le déplacement de la glace. | Très importante Essentielle pour comprendre le recul, l'écoulement et la stabilité de certaines parties du glacier. |
La présence humaine peut provoquer des effets thermiques ou mécaniques très localisés, mais elle ne peut pas, par sa seule chaleur, déstabiliser de grandes portions d'un glacier. À grande échelle, l'évolution d'un glacier dépend surtout de son bilan énergétique, de l'accumulation de neige, de la fonte et de sa dynamique interne.
Un camp de base devenu une petite ville chauffée
Le camp de base de l’Everest ne ressemble plus au bivouac spartiate des pionniers. L’alpinisme d’élite a cédé la place à une industrie commerciale où une expédition se facture plusieurs dizaines de milliers d’euros. Cette montée en gamme a transformé le site en village équipé, installé directement sur la glace du Khumbu.
Les prestations attendues par la clientèle imposent des infrastructures énergivores :
- tentes chauffées et espaces de vie collectifs
- douches à eau chaude
- cuisines équipées servant plusieurs centaines de repas par jour
- générateurs alimentant en continu les réseaux de communication
Chaque équipement produit de la chaleur. Et sur un glacier, toute chaleur excédentaire finit par se transformer en eau de fonte.
Ce que consomme une seule saison d’ascension
Le rapport d’activité du Sagarmatha Pollution Control Committee chiffre précisément la logistique déployée chaque printemps. Les ordres de grandeur parlent d’eux-mêmes.
Fréquentation et volumes produits au camp de base
Quelques ordres de grandeur permettent de mesurer l'importance de la fréquentation saisonnière et des volumes générés au cours de la saison d'ascension.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
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📅
Durée de la saison d'ascension
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50 jours |
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👥
Population présente au camp
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Environ 2 000 personnes |
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💧
Production quotidienne d'urine
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Plus de 6 000 litres |
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📊
Volume cumulé sur la saison
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Environ 300 000 litres |
Avec une production quotidienne supérieure à 6 000 litres pendant environ 50 jours, le volume cumulé atteint environ 300 000 litres sur une saison.
Deux mille personnes, cinquante jours, plus de 6 000 litres par jour : le camp de base concentre sur quelques hectares de glace une charge humaine, biologique et thermique particulièrement importante pour un environnement glaciaire.
Cette énergie ne disparaît pas. Elle se diffuse dans le sol, réchauffe la couche superficielle du glacier et provoque la fonte de millions de kilogrammes de neige et de glace.
L’hydratation en altitude, un facteur sous-estimé
À 5 364 mètres, l’air sec et l’hyperventilation liée au manque d’oxygène accélèrent la déshydratation. Chaque résident du camp doit boire entre 3 et 5 litres d’eau par jour pour maintenir ses fonctions vitales et limiter le mal aigu des montagnes. Le média Il Messaggero résume la conséquence directe de cette contrainte physiologique : un volume d’urine considérable, produit jour après jour au même endroit.
La gestion des déchets a pourtant progressé. Les déchets solides sont désormais largement redescendus dans la vallée. Les urines, elles, sont restées longtemps hors du dispositif et se sont fréquemment retrouvées déversées directement sur la glace.
Une arithmétique implacable
Consommation de combustibles par saison
Les besoins énergétiques d'un campement isolé reposent sur plusieurs combustibles, utilisés pour la cuisson, le chauffage, l'éclairage et la production d'électricité.
| Combustible | 📦 Consommation par saison | ⚙️ Usage principal |
|---|---|---|
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Gaz de pétrole liquéfié
GPL
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Plus de 800 bouteilles | Cuisson et chauffage Utilisé pour produire de la chaleur dans les installations du camp. |
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Kérosène
Combustible liquide
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Près de 19 000 litres | Chauffage et éclairage Principalement utilisé pour fournir de la chaleur et assurer l'éclairage. |
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Essence
Carburant
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Plus de 5 000 litres | Générateurs électriques Utilisée pour alimenter les groupes électrogènes et produire de l'électricité. |
Le fonctionnement d'un campement isolé nécessite d'importantes quantités de combustibles pour assurer les besoins essentiels : chauffage, cuisson, éclairage et production électrique.
Le saviez-vous ?
Le Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC) a révélé que la quantité d’urine humaine déposée chaque saison sur le glacier de Khumbu pourrait remplir une piscine olympique. Cette masse liquide, chargée de sels minéraux, abaisse également le point de congélation de la glace environnante, un phénomène chimique qui épaule la physique thermique dans son œuvre de dégradation.
Conséquences et solutions pratiques
La physique nous montre que l’isolation est la clé. Pour limiter l’impact thermique :
- Utilisez des systèmes de collecte de déchets étanches et isolés thermiquement.
- Évitez les rejets directs sur la glace vive ; privilégiez les zones rocheuses sèches si aucune installation n’est disponible.
- Réduisez l’usage de sources de chaleur non isolées au sol.
FAQ sur le transfert thermique en haute montagne
- Pourquoi la glace ne fond-elle pas immédiatement au soleil ? Grâce à son albédo élevé, la neige fraîche réfléchit jusqu’à 90% du rayonnement solaire. C’est l’apport de chaleur par conduction (liquides, contact humain) qui est le plus destructeur localement.
- L’air froid des montagnes n’annule-t-il pas la chaleur de l’urine ? L’air est un excellent isolant thermique (faible conductivité). Il ne refroidit pas le liquide assez vite pour empêcher le transfert thermique direct vers la glace.
- Qu’est-ce que la chaleur latente ? C’est l’énergie « cachée » nécessaire pour briser les liaisons entre les molécules d’eau sans changer la température du corps.
- Le sel dans l’urine joue-t-il un rôle ? Oui, il provoque un abaissement cryoscopique, permettant à l’eau de rester liquide à des températures inférieures à 0°C, prolongeant ainsi le transfert thermique par convection.
- Comment les glaciologues mesurent-ils cette fonte ? Ils utilisent des balises d’ablation et des capteurs de flux thermique insérés dans la glace.
EN BREF
La fonte de 154 tonnes de glace au camp de base de l’Everest n’est pas seulement due au climat. C’est une application directe des lois de la conduction et de la chaleur latente. Chaque apport de liquide chaud rompt l’équilibre thermique précaire du glacier, transformant une énergie métabolique en un puissant agent d’érosion géologique.
Pour suivre l’évolution des conditions météorologiques et des risques de fonte sur les sommets, consultez nos prévisions détaillées.
Source :
International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD)
Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC)




