Consommation d’énergies fossiles en Chine (1965-2025) : le moteur discret de nos étés extrêmes

En 1965, la Chine consommait à peine plus de 5 exajoules d’énergie, l’équivalent de 131 millions de tonnes de pétrole. Six décennies plus tard, ce chiffre dépasse 140 exajoules rien que pour les énergies fossiles. Cette trajectoire n’est pas une curiosité réservée aux économistes de l’énergie : elle explique en grande partie pourquoi les dix dernières années comptent parmi les plus chaudes jamais mesurées, et pourquoi les canicules qui touchent la France s’intensifient. Voici ce que ces chiffres montrent, et ce qu’ils changent pour notre météo.

L’essentiel en quatre chiffres

  • 1965 : environ 5,5 exajoules consommés, dont 87 % de charbon
  • 2023 : environ 140 exajoules d’énergies fossiles, dont 92 EJ de charbon (56 % de la consommation mondiale)
  • 2024 : 31,5 % des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie proviennent de Chine
  • 2025 : environ 162 exajoules d’énergie totale consommée, dernière donnée publiée par l’Energy Institute

Consommation d’énergies fossiles en Chine

En exajoules (EJ), de 1965 à 2025

2025 Charbon : 92,24 EJ Gaz naturel : 15,91 EJ Pétrole : 33,20 EJ Total : 141,35 EJ

Survolez ou touchez le graphique pour afficher les valeurs. Cliquez sur la légende pour masquer une énergie.

Source : Energy Institute, Statistical Review of World Energy 2026 · Graphique original : @JavierBlas / Bloomberg Opinion

Soixante ans de croissance vertigineuse

1965-2000 : une industrialisation portée par le charbon

Dans les années 1960, le charbon fournit près de 87 % de l’énergie consommée en Chine, un pays alors largement rural. L’ouverture économique amorcée en 1978 change la donne : les usines se multiplient, les villes s’étendent. La demande énergétique suit dès lors une courbe presque verticale. Entre 1965 et le tournant des années 2000, la consommation d’énergie primaire du pays est multipliée par plus de dix, portée presque exclusivement par le charbon domestique.

2000-2025 : la Chine devient le premier consommateur mondial

L’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, en 2001, accélère encore le mouvement. Le pays devient l’atelier industriel du monde, et sa demande d’acier et de ciment explose. Depuis la fin des années 2000, la Chine est le premier consommateur d’énergie de la planète, devant les États-Unis. En 2023, elle a consommé à elle seule environ 140 exajoules d’énergies fossiles, dont près de 92 exajoules de charbon, soit 56 % de la consommation mondiale de ce combustible. Les données les plus récentes de l’Energy Institute, publiées en 2026, situent sa consommation énergétique totale autour de 162 exajoules pour 2025, l’essentiel provenant toujours du charbon, du pétrole et du gaz.

Pourquoi ces chiffres pèsent sur le climat mondial

Un tiers des émissions mondiales de CO2

La combustion de ces énergies fossiles a un coût climatique direct. En 2024, la Chine a émis environ 11,2 milliards de tonnes de CO2 liées à l’énergie, soit 31,5 % du total mondial. Aucun autre pays ne s’approche de ce niveau : les États-Unis, deuxièmes émetteurs, représentent 13 % des émissions mondiales. Cette masse de gaz à effet de serre s’ajoute à celle accumulée par les pays industrialisés depuis le XIXe siècle et alimente le réchauffement mesuré par les services météorologiques du monde entier.

Le lien avec les canicules et les extrêmes météo

2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, la première à dépasser 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels sur une année complète, selon l’Organisation météorologique mondiale. Cette hausse ne se répartit pas uniformément : elle se traduit par des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, parfois dès le mois de mai, y compris dans le sud de la France. Aucune canicule isolée ne peut être attribuée à un seul pays émetteur. Mais l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère, à laquelle la Chine contribue pour près d’un tiers, modifie la probabilité et l’intensité de ces épisodes sur le temps long.

La Chine amorce-t-elle sa transition ?

Premier pollueur, mais aussi premier investisseur vert

Le tableau n’est pas figé. En 2024, la Chine a investi 625 milliards de dollars dans les énergies propres, soit 31 % des investissements mondiaux du secteur. Elle a posé à elle seule 57 % des nouvelles capacités éoliennes et solaires installées dans le monde cette année-là. La croissance de l’électricité propre a couvert 84 % de la hausse de la demande électrique chinoise, un signe que le pays commence, timidement, à découpler croissance économique et consommation de charbon.

Vers un pic des énergies fossiles ?

Le charbon reste dominant, mais sa progression ralentit d’année en année. Plusieurs analyses énergétiques évoquent un plateau proche, voire un pic, de la consommation chinoise de combustibles fossiles. Rien n’est acquis : la demande électrique du pays continue de croître plus vite que ses capacités renouvelables ne se déploient. Ce que montrent ces soixante années, en revanche, c’est que les trajectoires énergétiques des grandes puissances économiques déterminent, à terme, le climat dans lequel nous vivons tous.

Questions fréquentes

Pourquoi la Chine consomme-t-elle autant d’énergies fossiles ?

La Chine reste l’usine industrielle du monde : sidérurgie, ciment, textile et électronique y consomment une énergie considérable, produite en majorité à partir de charbon domestique bon marché. Sa population de 1,4 milliard d’habitants et son parc immobilier en expansion continue ajoutent une demande résidentielle massive à cette base industrielle.

Quelle part du charbon mondial la Chine consomme-t-elle à elle seule ?

Environ 56 % de la consommation mondiale de charbon, selon les données 2023-2024 de l’Energy Institute. Aucun autre pays ne s’en approche : l’Inde, deuxième consommateur, en représente environ 13 %.

La Chine est-elle vraiment le premier émetteur de CO2 au monde ?

Oui. Avec environ 31,5 % des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie en 2024, la Chine devance largement les États-Unis (13 %) et l’Union européenne. Cette part reflète autant le poids de son industrie que le rôle encore dominant du charbon dans son mix énergétique.

La consommation chinoise d’énergies fossiles va-t-elle baisser ?

Pas de baisse nette pour l’instant, mais un ralentissement se dessine. Les investissements massifs dans l’éolien et le solaire couvrent une part croissante de la hausse de la demande électrique, ce qui pourrait rapprocher le pays d’un plateau, voire d’un pic, dans les prochaines années.

Existe-t-il un lien entre l’énergie chinoise et les canicules en France ?

Un lien indirect mais réel, via l’accumulation globale de gaz à effet de serre. Le CO2 émis en Chine se mélange à l’atmosphère mondiale et contribue au réchauffement général, lequel augmente la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur, y compris dans le sud de la France.

Qu’est-ce qu’un exajoule, et pourquoi cette unité ?

Un exajoule (EJ) équivaut à un milliard de milliards de joules, soit environ 278 térawattheures. Les organismes énergétiques l’utilisent pour comparer des sources d’énergie très différentes (charbon, pétrole, gaz, électricité) sur une échelle commune, ce qui en fait la référence des rapports internationaux comme le Statistical Review of World Energy.

Soixante ans séparent les 5 exajoules de 1965 des 140 exajoules d’aujourd’hui. Cette trajectoire chinoise illustre à elle seule l’ampleur du défi climatique mondial et son lien direct avec la météo que nous vivons chaque été.