Donges, 26 août 1972 : la foudre qui a fait exploser le pétrolier grec Princess Irene
26 août 1972 : la foudre éventre un pétrolier grec à Donges
Un matin d’orage sur l’estuaire de la Loire
Le samedi 26 août 1972, l’estuaire de la Loire se réveille sous un ciel lourd, saturé d’averses et d’éclairs, au niveau de la raffinerie de Donges, près de Saint-Nazaire.
Dans le port, ce décor orageux est presque banal pour les équipes habituées aux déchargements de pétrole brut, mais ce jour-là, l’atmosphère électrique va se transformer en drame absolu.
Le Princess Irene, géant grec du pétrole
Amarré au poste de chargement, le Princess Irene est un pétrolier grec de plus de 60 000 tonnes de port en lourd, construit au milieu des années 1960 pour transporter du brut vers les raffineries européennes.
Le navire vient de terminer ses opérations de déchargement à Donges et entame une phase de ballastage, au cours de laquelle de l’eau est introduite dans les cuves afin de chasser les gaz résiduels et de lester le bâtiment avant son départ.
10 h 16 : l’éclair qui change tout
Vers 10 h 16, au cœur de l’orage, un éclair frappe brutalement le pétrolier, touchant un mât situé au-dessus des cuves alors que celles-ci ne sont pas encore totalement dégazées.
La décharge électrique déclenche une première explosion d’une violence extrême, déchirant littéralement le navire : le pont est arraché de la coque et vient se plaquer contre le château arrière, comme un couvercle de boîte de conserve tordu par la force du souffle.
L’équipage se jette dans la Loire
Sur le pont, dans les superstructures et à bord, quarante-cinq personnes se trouvent alors à proximité immédiate des cuves et des installations portuaires.
Pris au piège par la chaleur insoutenable, les flammes et les débris, de nombreux marins n’ont qu’une seule issue : se jeter dans la Loire pour échapper au brasier qui engloutit progressivement le Princess Irene.
Dans le tumulte, certains hommes rejoignent les berges à la nage, tandis que d’autres sont récupérés par les embarcations de secours mobilisées en urgence sur la zone portuaire.
Les services de la raffinerie, les pompiers et les équipes de secours doivent néanmoins se maintenir à distance d’un navire devenu un véritable volcan flottant, tant la chaleur est extrême et les risques d’explosions secondaires élevés.

Un bilan humain et matériel lourd
Le bilan humain est dramatique : six personnes décèdent, dont trois marins grecs du Princess Irene et trois salariés liés à la raffinerie, parmi lesquels un employé des services maritimes, un chauffeur venu livrer de l’huile et un jeune stagiaire.
Au-delà des victimes, plusieurs dizaines de blessés sont recensés, principalement des brûlés et des personnes touchées par le souffle ou les projectiles, témoignant de la puissance de l’explosion et de la violence du sinistre.
Sur le plan matériel, le navire est éventré, ravagé par les flammes, puis finit par couler en partie dans la vase de l’estuaire, tandis que le poste de chargement et les bras de déchargement sont sévèrement endommagés.
Les dégâts au terminal de Donges se chiffrent alors en plusieurs millions de francs, et la navigation sur la Loire est temporairement interrompue par mesure de sécurité, le temps de maîtriser l’incendie et de sécuriser la zone industrielle.
Une catastrophe fondatrice pour la sécurité industrielle
Il faudra une dizaine de jours aux pompiers et aux équipes spécialisées pour venir à bout de l’incendie, tant les volumes de produits et les contraintes du site portuaire compliquent les opérations.
Une fois les flammes éteintes, l’épave disloquée du Princess Irene devient l’un des symboles des risques extrêmes associés aux terminaux pétroliers exposés aux aléas météorologiques, en particulier la foudre en contexte d’orage violent.
Dans les années qui suivent, l’accident est régulièrement évoqué dans les mémoires locales et les dossiers de sécurité, nourrissant une réflexion approfondie sur la protection des installations, la gestion des orages et la prévention des explosions liées aux gaz résiduels.
En Loire-Atlantique, cet événement reste ancré comme l’un des grands drames industriels du XXᵉ siècle sur l’estuaire, rappelant qu’un éclair, en quelques secondes, peut transformer une opération de routine en catastrophe majeure.
Sources
- https://actu.fr/pays-de-la-loire/donges_44052/loire-atlantique-53-ans-apres-lexplosion-du-petrolier-cette-commune-cree-un-square-en-memoire-des-victimes_62688920.html
- http://traezhhatevenn.blogspot.com/2012/08/26-aout-1972-explosion-du-princess-irene.html
- https://www.lemonde.fr/archives/article/1972/08/29/trois-morts-et-trois-disparus-dans-l-incendie-du-petrolier-amarre-a-donges_2399821_1819218.html




