Janvier 1917 : le tragique sauvetage des marins norvégiens de l’Ymer au large de l’île d’Yeu

Janvier 1917 : quand l’île d’Yeu affronte la glace et la tempête

Last Updated: 18 juillet 2026

Janvier 1917, l’Atlantique en guerre

Janvier 1917, au large de Rochefort et de l’île d’Yeu, la mer n’est pas seulement un espace de navigation : c’est un champ de bataille où la guerre sous-marine allemande frappe sans avertissement les navires marchands.
Parmi ces navires, le cargo norvégien Ymer est torpillé par un sous-marin, projetant soudain son équipage dans une lutte brutale contre le froid, la tempête et la nuit hivernale.

En quelques heures, la routine des marins cède la place à l’urgence absolue : quitter le navire, se répartir dans deux baleinières, chercher à survivre dans un Atlantique glacé balayé par le vent d’hiver.
L’une des chaloupes disparaît à jamais, la seconde dérive, fragile et surchargée, vers les côtes françaises, portée par le hasard des courants et la détermination de ceux qui s’y accrochent encore.

L’alerte du sémaphore et la sortie du canot de l’île d’Yeu

Au petit matin, la chaloupe en perdition est enfin repérée par le sémaphore de l’île d’Yeu : à terre, on comprend tout de suite qu’il ne s’agit pas d’une simple barque en difficulté, mais d’une détresse extrême en pleine guerre.

Le canot de sauvetage Paul-Tourreil est mobilisé sans attendre, son patron rassemble une équipe hétérogène de pêcheurs, de hommes âgés et même de malades, la plupart des marins valides étant mobilisés à la Marine nationale.

Malgré ce contexte, les sauveteurs islais s’engagent en mer avec une détermination totale : ils quittent Port-Joinville, affrontent le vent, le courant et la houle hivernale, et parviennent à rejoindre la baleinière à la dérive.
À bord, ils trouvent sept hommes norvégiens épuisés, presque à bout de force, qu’ils hissent sur le canot de sauvetage sans la moindre hésitation, soudant déjà dans l’effort les destins des sauveteurs français et des naufragés étrangers.

Deux nuits soudées par la glace : le drame en mer

Lorsque les naufragés sont enfin transbordés, l’épisode pourrait s’arrêter là : un sauvetage réussi, des vies arrachées à la mer, un retour vers l’île.ouest-france+1
Mais la tragédie commence réellement à ce moment : la tempête redouble, le froid est glacial, l’ancre finit par céder et le canot dérive pendant deux jours et deux nuits vers le nord-ouest, prisonnier de la mer et du gel.

Dans ce huis clos marin, la glace semble souder naufrage et sauvetage dans une même fatalité : sauveteurs et rescapés se retrouvent désormais à égalité face au froid, à l’épuisement, à la faim et au vent.
Les heures s’enchaînent, la nuit s’allonge, et l’issue devient tragiquement claire : au fil du temps, marins norvégiens et hommes de l’île d’Yeu meurent les uns après les autres de froid et d’épuisement, incapables de lutter plus longtemps contre les éléments.

le tragique sauvetage des marins norvégiens de l’Ymer au large de l’île d’Yeu

L’échouage à Raguénès : onze morts, sept survivants

Au matin du 28 janvier 1917, le canot finit par toucher terre sur l’îlot de Raguénès, commune de Névez, sur la côte du Finistère : il est guidé vers la grève par le paysan pêcheur Jean-Marie Marrec, qui découvre une scène d’une brutalité inouïe.
À bord, neuf corps sans vie sont recensés : cinq marins norvégiens et quatre sauveteurs de l’île d’Yeu, que le patron du canot a refusé de jeter à la mer malgré l’horreur de la situation.

Le drame n’est pas totalement achevé : deux autres sauveteurs islais meurent peu après, portant à onze le nombre total de victimes, dont six sauveteurs et cinq marins norvégiens.
Face à cette tragédie, la communauté de Névez se mobilise dans un froid intense pour porter les corps sur plusieurs kilomètres jusqu’au cimetière, ouvrir la terre gelée et offrir une sépulture digne aux marins étrangers.

Les corps des sauveteurs vendéens sont ensuite rapatriés vers l’île d’Yeu quelques semaines plus tard, tandis que les marins norvégiens de l’Ymer demeurent à Névez, où leurs tombes restent aujourd’hui encore le témoignage visible de ce sauvetage soudé dans la mort par la glace.

Une mémoire gravée dans la pierre et le bronze

Sur l’île d’Yeu, la tragédie marque profondément la mémoire collective : le choc est immense, l’île entière prend la mesure du prix humain payé pour tenter de sauver des marins étrangers venus du nord.
Des obsèques solennelles sont célébrées en mai 1917, et la Norvège rend à son tour hommage aux sauveteurs français, affirmant par des paroles et des gestes la reconnaissance d’une nation envers des marins qui ont tout risqué pour ses ressortissants.

Un monument signé du sculpteur Stephan Sinding est érigé à Port-Joinville : le haut-relief, intitulé « L’offrande », représente la France portant dans ses bras un enfant mort, symbole de ce sacrifice consenti au nom de la solidarité maritime.
Sur les côtés du monument, les noms des hommes qui ont armé le canot de sauvetage durant cette sortie tragique de janvier 1917 sont gravés, inscrivant dans le bronze et la pierre une histoire où le courage des sauveteurs se confond définitivement avec le destin des naufragés.

Ainsi, l’odyssée du Ymer et du Paul-Tourreil reste un récit dense, dramatique et affirmatif : en pleine guerre, des marins français ont choisi de sortir en mer, de lutter contre la glace et la tempête, de souder leur destin à celui de marins norvégiens, jusqu’à la mort, pour que quelques vies soient, malgré tout, sauvées.

Janvier 1917 : le tragique sauvetage des marins norvégiens de l’Ymer au large de l’île d’Yeu
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