De Southampton à Saint-Malo : le dernier voyage du Hilda et ses survivants dans les haubans

Hilda 1905, six survivants dans les haubans : une catastrophe maritime au cœur de la Bretagne

Last Updated: 18 juillet 2026

Un drame figé dans le froid

Dans la nuit du 18 au 19 novembre 1905, le paquebot à vapeur Hilda, navire de la London and South Western Railway, achève sa traversée Southampton–Saint-Malo dans des conditions météo dantesques : neige, mer grosse, visibilité réduite. À quelques encablures seulement de l’entrée du port de Saint-Malo, le navire vient frapper de plein fouet les récifs de la Pierre des Ports, au large de l’île de Cézembre. En quelques minutes, la coque se brise en deux, la partie avant bascule d’un côté du récif, la partie arrière s’enfonce sur l’autre versant, piégeant les passagers sous les paquets de mer glacés. Sur les quelque 131 personnes à bord, 125 à 128 trouvent la mort, faisant de ce naufrage l’une des plus lourdes catastrophes maritimes de la région, parfois surnommée la “Titanic de la Bretagne”.

Pour échapper à la furie des vagues, une vingtaine de naufragés se hissent dans la mâture et les haubans, cherchant un dernier refuge au-dessus du chaos. Au fil des heures, la tempête et le froid transforment ce groupe de survivants en une véritable “grappe humaine”, recroquevillée, agrippée au mât dans la nuit noire, tandis que le nombre de silhouettes diminue lentement, englouties une à une par la mer glaciale.

La découverte des six survivants

Au matin du 19 novembre, vers neuf heures, un autre vapeur de la même compagnie, l’Ada, quitte Saint-Malo pour Southampton et passe à proximité de l’épave, désormais à demi émergée à marée descendante. L’équipage de l’Ada distingue alors, accrochés au mât de misaine, six hommes épuisés, transis de froid, qui ont survécu à près de douze heures d’angoisse dans les haubans. Ces naufragés ne sont plus que les derniers grains d’une grappe humaine de douze hommes, dont la moitié a fini par lâcher prise dans la nuit, vaincue par le froid et les vagues.

Parmi ces rescapés, cinq sont des marchands d’oignons bretons revenant d’Angleterre, et un seul appartient à l’équipage : le matelot anglais James Grinter, déjà survivant de plusieurs naufrages. Les autres survivants passagers bretons sont notamment Olivier Caroff de Roscoff, Tanguy Laot de Cléder, Jean-Louis Mouster de La Feuillée, Paul-Marie Pen de Cléder et Louis Rozec de Plouzévédé, dont les noms apparaissent dans les listes de victimes et de rescapés. Leur découverte, figés dans le froid et la peur, offre une scène d’une puissance visuelle exceptionnelle, idéale pour ouvrir un récit de catastrophe : six silhouettes suspendues au-dessus des flots, entre vie et mort.

Le mystère d’une nuit sans témoins

Si les grandes lignes de l’événement sont connues, la nuit du naufrage du Hilda reste pourtant entourée d’un halo de mystère, propice à l’écriture de livres d’enquête ou de docu-fiction. Le journal de bord ayant été perdu en mer, le nombre exact de victimes demeure incertain, oscillant selon les sources entre 125, 128 ou plus de 150 personnes. Les circonstances exactes de l’approche du navire, obligé d’attendre des heures dans le mauvais temps puis de chercher la passe du port dans une neige épaisse, alimentent les questions : décision prudente, erreur de navigation, fatal enchaînement de facteurs météo et humains ?

Pour un auteur de livres sur les catastrophes, ce manque de certitude est une richesse narrative : chaque document, chaque témoignage de presse de l’époque, chaque rapport ultérieur devient une pièce de puzzle à assembler. On y trouve des divergences sur l’heure précise de l’impact, sur le nombre initial de personnes dans les haubans, sur les appels de détresse perçus depuis la côte, autant d’éléments qui nourrissent une intrigue fondée sur la recherche de la vérité.

La Bretagne meurtrie et les Onion Johnnies

Le naufrage du Hilda ne touche pas seulement des anonymes de passage : il frappe au cœur des communautés bretonnes de marchands d’oignons, les fameux “Onion Johnnies” qui écoulaient leur récolte en Grande-Bretagne. On estime qu’au moins 70 à 77 marchands d’oignons périssent dans la catastrophe, dont 44 originaires du village de Cléder, laissant derrière eux des familles endeuillées et un gagne-pain brutalement détruit. La presse de l’époque insiste sur le courage de ces hommes, qui tentent jusqu’au bout de sauver femmes et enfants avant d’être eux-mêmes emportés.

Pour un livre sur les catastrophes, cette dimension humaine est centrale : la grappe humaine au mât n’est plus un simple motif visuel, elle devient le symbole d’un monde rural exposé aux risques maritimes, d’une économie locale qui dépend des traversées et d’une Bretagne qui paie un lourd tribut à la mer. Ce contraste entre la modestie de ces travailleurs et l’ampleur du drame offre une profondeur sociale et historique à exploiter dans un récit documenté.

Une épave qui continue de parler

Aujourd’hui, l’épave du Hilda repose toujours sur un fond d’environ 25 mètres à marée haute, non loin des roches des Courtils et de l’entrée du port de Saint-Malo. Les chaudières et certaines structures du navire demeurent visibles sous l’eau, offrant aux plongeurs un décor chargé de mémoire et aux chercheurs une source matérielle d’information. La position de l’épave, bien documentée, est devenue un site emblématique pour la plongée et pour la patrimonialisation de l’histoire maritime locale.

Pour un auteur, cette épave est une scène de découverte permanente : chaque plongée peut être racontée comme une descente au cœur du mystère, un face-à-face avec les traces du naufrage, une exploration méthodique des structures brisées, porte d’entrée idéale vers un chapitre consacré aux “indices matériels” de la catastrophe.

Une histoire taillée pour un livre de catastrophes

Le naufrage du Hilda cumule tous les ingrédients d’un livre sur les catastrophes maritimes : un décor puissant (la côte d’Émeraude, les récifs et le phare de Saint-Malo), une météorologie extrême, une communauté de victimes bien identifiée, et surtout cette image obsédante de la grappe humaine accrochée au mât dans le froid. La découverte des six survivants par l’Ada, à la lumière blafarde d’un matin d’hiver, offre une scène de révélation idéale pour structurer le récit : après la nuit du drame, vient le moment de la découverte, puis l’enquête.

En mettant en avant la tension entre ce que l’on sait (les faits, les chiffres, les noms) et ce que l’on ignore encore (les décisions exactes, les ultimes instants vécus dans la mâture), l’auteur peut construire un fil narratif qui maintient le lecteur en haleine, tout en respectant la rigueur historique. Le Hilda devient alors bien plus qu’un naufrage : une énigme maritime à déplier page après page, au croisement du reportage, de l’enquête historique et du récit de survie.

Sources :

SS Hilda — Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/SS_Hilda

SS Hilda — histomar.net (La dernière traversée) :
http://www.histomar.net/Hilda/htm/crossing.htm

1905 – Le paquebot Hilda — Saint-Malo Plongée :
https://www.saintmaloplongee.com/userfiles/Fiche-Hilda-SMPE.pdf

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