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Les chutes de neige de fin janvier 1986 dans les Pyrénées-Orientales

En moins de deux jours, une dépression méditerranéenne a déposé jusqu’à deux mètres de neige et provoqué une situation avalancheuse exceptionnelle.

30–31 janvier 1986

À la fin de janvier 1986, une dépression très creuse s’immobilise entre le cap de Creus et les Baléares. Autour de ce minimum s’organise un puissant tourbillon : de l’air froid arrive par l’ouest, tandis qu’un air plus doux et très humide remonte sur sa face orientale depuis la Méditerranée.

La confrontation de ces masses d’air déclenche des précipitations intenses et parfois orageuses. En montagne, elles tombent presque entièrement sous forme de neige. La rapidité de l’accumulation, davantage encore que le cumul saisonnier, donne à cet épisode son caractère historique.

975 hPapression minimale de la dépression
100 à 170 mmde précipitations sur l’ensemble de l’épisode
2 mètresde neige relevés à Mantet
10 cm/hintensité observée à Py le 30 janvier à 18 h

Des hauteurs de neige remarquables

Les accumulations deviennent exceptionnelles dans le Haut Conflent et le Haut Vallespir, parfois à des altitudes relativement modestes.

Ax-les-Thermes80 cm à 1 m
Porté-Puymorens1,20 m
Fontpédrouse1,20 m
Mont-Louis1,40 m
Bas Conflentenviron 1,50 m
Mantet1,50 à 2 m
Py1,80 m à 1 023 m d’altitude
Baillestavy1,60 m à seulement 585 m d’altitude
Fillols1,50 à 1,70 m de neige fraîche

Comment la situation s’est-elle mise en place ?

Analyse reformulée d’après M. Boutin, alors directeur du centre météorologique de Perpignan.

Une dépression rapide, puis bloquée

Le 29 janvier à 00 UTC, une dépression de 990 hPa se trouve sur le Cotentin. Elle plonge très rapidement vers le sud tout en se creusant. Vingt-quatre heures plus tard, elle atteint le golfe du Lion, où son déplacement s’interrompt.

Le minimum continue alors de se creuser jusqu’à environ 975 hPa. Le 31 janvier à 00 UTC, les centres dépressionnaires du sol, de 700 hPa et de 500 hPa sont pratiquement alignés sur une même verticale entre le cap de Creus et les Baléares. Le système reste presque stationnaire durant près de 36 heures avant de se combler lentement et de repartir vers le nord-est le 1er février.

Le froid continental circulant au-dessus d’une Méditerranée relativement douce rend la masse d’air très instable. L’humidité disponible alimente durablement les précipitations sur le Roussillon et les reliefs exposés.

Un bulletin particulièrement alarmant

Le centre météorologique de Toulouse-Blagnac annonce des chutes de neige à toutes altitudes, modérées à assez fortes, notamment sur les versants nord. Les températures sont négatives à tous les niveaux et le bulletin qualifie la situation avalancheuse d’exceptionnelle, avec un risque d’avalanches d’une ampleur inattendue.

Cartes de l’épisode

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Analyses météorologiques de surface et à 500 hPa pendant le creusement dépressionnaire.
Évolution de la dépression méditerranéenne entre le 30 janvier et le 1er février 1986.
Épaisseurs de neige et avalanches constatées les 30 et 31 janvier 1986.

Un épisode difficile à prévoir

La trajectoire très rapide de la dépression, son blocage sur le golfe du Lion et son creusement jusqu’à 975 hPa ont mis en difficulté les modèles de l’époque.

À 72 heures, et même encore à 48 heures, les simulations divergent fortement. Aucun modèle ne représente correctement la situation attendue pour le 30 janvier à 00 UTC. Les écarts diminuent ensuite et la prévision à 24 heures pour le 31 janvier devient suffisamment réaliste.

Disponible dans la matinée du 30 janvier, cette prévision conforte l’analyse humaine et permet le déclenchement de bulletins spéciaux destinés à la DDE, à la Sécurité civile et aux services autoroutiers de Rivesaltes.

Routes coupées, villages isolés et avalanches

L’épaisseur de neige, les congères et l’instabilité du manteau paralysent une partie des Pyrénées-Orientales, de l’Aude et de l’Ariège.

Avalanche meurtrière à Porté-Puymorens

Une avalanche atteint la résidence Font-Frède et provoque la mort de deux personnes. Le col de Puymorens restera fermé pendant huit jours en raison du danger sur la RN 20.

Deux victimes au col d’Ares

Deux personnes, perdues dans la neige et épuisées, trouvent la mort. La route entre l’Andorre et l’Ariège demeure fermée pendant dix jours.

Le plan ORSEC est déclenché

Routes impraticables, véhicules immobilisés, coulées de neige et évacuations partielles touchent notamment Porté-Puymorens, Fontpédrouse, L’Hospitalet-près-l’Andorre, Orlu et Arinsal.

Mantet reste isolé

Le village demeure coupé du reste du département. En altitude, on mesure jusqu’à −17 °C à Porté-Puymorens et −10 °C en Cerdagne.

L’épisode en images

Deux documents photographiques conservés dans les archives de l’événement.

Le village de La Llagonne sous la neige, le 4 février 1986.
Le ravin d’Estabeil après l’épisode neigeux de janvier 1986.

Était-ce vraiment exceptionnel ?

Certains hivers anciens avaient produit un enneigement saisonnier plus important, notamment en 1935, 1954, 1957, 1968, 1971 ou 1972. En revanche, la chute des 30 et 31 janvier 1986 se distingue par sa continuité, sa rapidité et les quantités déposées en une seule fois à moyenne et basse altitude.

Météo-France considère aujourd’hui cet épisode comme une référence pour les abondantes quantités de neige observées à basse altitude dans les Pyrénées-Orientales. Les 1,80 m relevés à Py, à 1 023 m, et surtout les 1,60 m de Baillestavy, à seulement 585 m, illustrent ce caractère hors norme.

Les avalanches de poudreuse, parfois accompagnées d’aérosols, constituent une autre particularité remarquable. Elles se concentrent surtout sur le massif du Canigou, rappelant combien le risque varie selon le relief, le vent, la densité de la neige et le microclimat de chaque vallée.

Repères documentaires : analyse historique d’après M. Boutin, centre météorologique de Perpignan. Compléments vérifiés auprès de Météo-France et de l’étude de Jean-Pierre Vigneau publiée en 1987 sur Persée.