Lot-et-Garonne • Février 1956
Froid à Agen
15 février 1956 : −22 °C
Une triple vague de froid paralyse le Lot-et-Garonne : neige abondante, Garonne chargée de glaçons, navigation interrompue et dégâts agricoles considérables.
Février 1956, un épisode hors norme en Lot-et-Garonne
Une température de −7 °C et quelques chutes de neige restent modestes face au mois de février 1956. Pendant près de quatre semaines, Agen et le département subissent un froid extrême, plusieurs offensives neigeuses et un gel durable.
Le froid, jour après jour
Une première offensive d’air sibérien envahit l’Europe du Nord. La triple vague de froid, commencée le 2 février, ne prend fin que le 29 et provoque de nombreuses victimes en France.
Au pic du Midi, les températures atteignent −32 °C à −34 °C le 4 février, avec un manteau neigeux mesuré à 3,30 m.
Après une courte accalmie, une nouvelle vague de froid frappe le Lot-et-Garonne. Agen relève −13 °C, tandis que le pic du Midi descend à −28 °C et que le Puy-de-Dôme approche −30 °C.
À Agen, le bureau municipal de bienfaisance distribue des vêtements chauds, de la nourriture et du combustible aux personnes les plus fragiles, avec l’aide des gardiens de la paix et des gardes champêtres.
Le 13 février, par −12 °C, la Garonne gelée en amont charrie d’énormes glaçons à Agen. Le canal et les écluses sont pris par la glace, interrompant la navigation. À Marmande, une écluse gelée provoque un débordement entre « Teinture » et « Bernes » et submerge la route entre Le Mas et Langon.
Le 14 février, l’Atlantique est signalé gelé à La Rochelle et Saint-Tropez se retrouve isolé après un mètre de neige tombé pendant la nuit. À Agen, le verglas entraîne de nombreuses chutes ; dans le quartier Jasmin, la glace doit être cassée au pic. Un enfant de 14 mois meurt également après une intoxication au gaz.
Une couche de 20 cm de neige poudreuse recouvre Agen et atteint 40 cm dans le Villeneuvois. La température chute à −22 °C à Agen et à −25 °C à Bergerac. Selon la chronique, il faut remonter à 1881 pour retrouver un phénomène comparable.
À l’échelle européenne, le bilan dépasse alors un demi-millier de morts en quinze jours. La mer gelée permettrait de rejoindre à pied le Danemark depuis la Suède, tandis qu’en Grèce quatre enfants auraient été dévorés par des loups affamés.
Les conditions météorologiques imposent le report du match Agen–Toulon, malgré les efforts de MM. Bonfanti, Roussille, Ferrasse, Basquet, Fondecave, Vigneau et Chaubert pour déblayer le terrain.
Le 20 février, Agen enregistre encore −18 °C. Les dommages agricoles sont considérables et le président Eisenhower envoie en urgence des denrées alimentaires à l’Europe. Le lendemain, la Gironde reçoit jusqu’à 2 m de neige selon la chronique.
Dans le Marmandais, des platanes se fendent de bas en haut, des ceps de vigne éclatent sous l’effet du gel, les barriques craquent, le vin se transforme en bloc de glace et des hangars s’effondrent sous le poids de la neige.
Le 23 février, une nouvelle vague apporte −15 °C dans le nord du Lot-et-Garonne et un mètre de neige à Bergerac. La Chambre de commerce et d’industrie demande le report des obligations fiscales en raison de l’arrêt des affaires. À Agen, un arrêté municipal interdit de circuler ou de patiner sur le canal.
Agen grelotte encore par −9 °C. Le gouvernement suspend la TVA sur le sucre, les pâtes, l’huile et le chocolat. Le dégel finit par arriver, accompagné de nouvelles difficultés et d’inondations.
Source
- Chronique locale d’archives consacrée aux conséquences du grand froid de février 1956 en Lot-et-Garonne.
