Chroniques du XIXᵉ siècle
Les grands hivers
de 1800 à 1900
Un siècle d’extrêmes thermiques, de fleuves gelés, de crues et de neiges remarquables, désormais documentés par des observations chiffrées plus nombreuses.
Le XIXᵉ siècle entre douceur, grands froids et premières mesures détaillées
Les chroniques décrivent encore les conséquences humaines et agricoles des hivers, tandis que les températures minimales, les hauteurs de crue et les épaisseurs de neige permettent une lecture progressivement plus précise des événements.
Du Consulat à la Restauration
Pendant cet hiver d'une douceur exceptionnelle en Belgique, le thermomètre s'est tenu longtemps entre 9 °C et 11 °C et a souvent atteint de 13 °C à 16 °C au milieu de la journée. Le 20 janvier 1801, on mangeait des artichauts de jardin, le 22 janvier 1801, les abricotiers étaient en fleurs et on cueillait des petits pois. Le 24 janvier 1801 et le 25 janvier 1801, on eut deux jours de gelée, mais le 28 janvier 1801, la température était de nouveau printanière et l'on vit voltiger des papillons. Minimum à Mons −7,5 °C. Le 18 août 1800, le thermomètre a plafonné à 35,5 °C à Paris. Le 18 novembre 1801, les eaux de la rivière d’Aude s’élevèrent à une hauteur plus considérable qu’elles ne l’avaient fait depuis un siècle : leur niveau atteignit 5,90 m et les eaux se répandirent dans les bas quartiers de Carcassonne.
En janvier 1802, la Seine déborda de 7,45 m. Le 16 janvier 1802, Paris a enregistré un minimum de −15,5 °C. Le 7 août 1802, le thermomètre affiche 36,4 °C à Paris.
L’été 1803 fut marqué par une chaleur excessive dans toute la France ; à Paris, on note 36,8 °C le 31 juillet 1803. La Normandie ne reçut pas une goutte d'eau pendant 95 jours consécutifs. La Seine à Paris descendit plus bas qu'en 1719 de 27 cm. À Viviers, dans l'Ardèche, on recueillit 20 mm d'eau pendant les trois mois de juin, juillet et août, alors que la moyenne de ce trimestre est de 180 mm. Été caniculaire dans la Vienne.
Périodes de froids intenses au début de décembre, puis en janvier et au début de février et enfin pendant une partie du mois de mars. La Seine fut entièrement prise du 12 au 19 janvier. Le Rhin, la Saône, le Rhône, la Garonne furent congelés. Les vignes du Midi souffrirent beaucoup et les orangers de la région de Nice périrent.
Hiver rigoureux dans le Nord de la France, surtout en janvier. La Seine fut prise deux fois, du 30 décembre au 8 janvier et du 15 au 29 janvier.
Les grands hivers du siècle industriel
Cet hiver et celui de 1879–1880 ont été les deux plus rigoureux du XIXᵉ siècle. L'hiver 1829–1830 débuta dès la mi-novembre dans toute l'Europe et se prolongea jusqu'à la fin de février, marqué, même dans le Languedoc et la Provence, par d'abondantes chutes de neige. De nombreux voituriers disparurent dans cette neige dont l'épaisseur en Normandie dépassait deux mètres. Cette neige préserva les récoltes dans tous les endroits où elle resta sur le sol, mais partout où elle fut balayée par le vent, les céréales furent gelées. Les oliviers, châtaigniers, mûriers et vignes périrent en grand nombre. La totalité des fleuves et rivières de la France fut entièrement prise : c'est ce qui se produisit en particulier pour la Seine du 28 décembre au 26 janvier et du 5 au 10 février. Dans le port de Bordeaux, les navires eurent beaucoup à souffrir des glaces et on put patiner sur l'Adour à Bayonne. Au cours de cet hiver, on enregistra des minima de −10 °C à Marseille (28 décembre et 2 février), −15 °C à Toulouse (29 décembre), −17 °C à Paris (17 janvier), et −28 °C à Mulhouse (3 février).
Hiver rigoureux en France, mais seulement à partir de la mi-janvier (−19 °C à Paris et −14 °C à Orange le 20 janvier). La Seine fut prise du 18 janvier au 8 février, et le Rhône fut gelé à Avignon.
Deux périodes de fortes gelées : du début de décembre à la mi-janvier et du 1er au 15 février. La Seine fut prise dès le 16 décembre à Paris et à Rouen, et la Loire dès le 19 décembre. Le 15 décembre 1840, jour du retour à Paris des cendres de Napoléon Ier, de nombreuses personnes furent victimes du froid. Le même jour, trois convois du chemin de fer de Mulhouse à Thann durent s'arrêter, l'eau s'étant congelée dans les locomotives.
Hiver extraordinairement neigeux dans les Ardennes et le Jura : dans le Midi de la France, les routes étaient encombrées par la neige : il en était de même en Espagne et sur les montagnes du Maroc près de Tétouan. La Seine ne fut pas prise, mais la Saône, la Loire et le Rhin charrièrent des glaçons.
C'est dans le Midi que cet hiver fit sentir ses effets les plus intenses. Alors que dans la région parisienne le thermomètre ne s'abaissait guère au-dessous de −12 °C, on notait −16 °C à Montpellier, −17 °C à Bordeaux et −23 °C à Périgueux. Durant les mois de janvier et février 1871, les minima quotidiens de Paris restèrent continuellement supérieurs à ceux de Montpellier et, dans le jardin botanique de cette dernière ville, de nombreux arbres ne purent résister à ces gelées.
Les grands froids de la fin du siècle
C'est l'hiver le plus froid qu'on ait encore observé en France. Les mois qui le précédèrent furent déjà caractérisés par des températures moyennes inférieures à la normale de 2 et 3 °C. Dès le 3 décembre, le thermomètre marquait à Paris −14 °C et le 10 du même mois il s'abaissait à −25,6 °C ; le 17, il indiquait encore −21,6 °C, et le 27, −17,7 °C. On notait au même moment −28 °C à Orléans, −30 °C aux environs de Nancy et −33 °C à Langres, tandis que le Midi ne ressentait nullement les atteintes du froid. Dès les premiers jours de décembre, toutes les rivières du Nord et du Centre de la France étaient couvertes de glaces épaisses et, le jour de Noël 1879, une retraite aux flambeaux put être organisée à Paris sur la Seine où l'épaisseur de la glace dépassait 30 cm. Il est à noter que cet hiver se termina par un mois de mars remarquable par sa température très élevée, celle-ci ayant dépassé la normale de près de 4 °C. L'épaisseur de la couche de neige tombée en décembre 1879 atteignit de 30 à 40 cm dans l'ensemble du bassin de la Seine. Aussi son action préservatrice s'exerça-t-elle avec beaucoup d'efficacité sur les récoltes en terre et, au printemps, les blés avaient un aspect superbe. Il n'en fut pas de même pour la vigne et les arbres fruitiers ou forestiers, dont un grand nombre se trouvèrent gelés au niveau de la neige.
Pendant l'hiver 1879–1880, le thermomètre à minima était descendu 22 fois à Paris au-dessous de −10 °C et avait atteint sous abri −25,6 °C ; durant l'hiver 1890–1891, on n'a compté qu'une dizaine de jours à température inférieure à −10 °C et le minimum absolu n'a pas dépassé −15 °C. Et cependant au cours de cette dernière saison la plupart des ensemencements de blés d'automne et toutes les avoines furent perdus. Ce fait est dû, d'abord à une absence presque complète de neige sur le sol, et ensuite au passage subit, à la fin de novembre, d'une température élevée à une température très basse à Paris, le minimum du 24 novembre était encore de +10,5 °C et celui du 28 n'était plus que de −15 °C. Les températures continuèrent à rester basses à Paris en décembre 1890 (−13,1 °C le 15) et en janvier 1891 (−13,5 °C le 20) : en ce dernier mois, la Seine fut entièrement prise du 11 au 24. Les gels et dégels successifs de février et mars achevèrent la destruction des céréales, mais les arbres souffrirent peu. Il est à noter que les vers blancs résistèrent très bien à ces gelées rigoureuses : on en trouva dans le sol glacé à 10 cm de profondeur, qui reprirent toute leur vitalité après le dégel. Ces froids intenses affectèrent toute la France et même l'Algérie. Dans le Nord, la couche gelée atteignait, sous un sol nu, 85 à 90 cm de profondeur. À Nantes, plusieurs personnes purent, dès le 15 décembre, traverser la Loire sur la glace. Dans le Midi, on nota, les 18 et 19 janvier 1891, des minima sous abri de −8,5 °C à Perpignan, −17,5 °C à Digne, −35 °C au Pic du Midi : dans la région de Montpellier, de nombreuses vignes eurent leurs souches fendues par les gelées. La neige tomba abondamment en Algérie vers le 20 janvier, et à Sétif le thermomètre enregistra −13 °C. Pendant ce temps l'Islande et l'Amérique septentrionale jouissaient d'un hiver exceptionnellement doux.
Le mois de janvier 1893 a présenté jusqu'au 25 une période de gelées intenses qui avait d'ailleurs débuté dès la fin de décembre 1892. Les minima ont atteint des valeurs de −10 °C à Montpellier et Toulouse, −11 °C à Nantes, −12 °C à Agen et Le Mans, −14 °C à Montauban et Saint-Lô, −17 °C à Tulle et Paris, −18 °C à Blois et Auxerre, −19 °C à Bourges et Melun, −21 °C à Sommesous et Besançon, −22 °C à Nancy, −23 °C à Moulins, −24 °C à Wassy, Troyes, Mirecourt et Châteauroux, −25 °C à Lyon et Vesoul, −26 °C à Chaumont et Limoges, −27 °C au Puy, −31 °C à Auberive (Haute-Marne, près des sources de l'Aube) où la terre était gelée jusqu'à 90 cm de profondeur. Des chutes de neige importantes se sont produites entre le 1er et le 25 janvier, donnant une couche de 23 cm à Avallon, 25 cm à Langres, 30 cm à Châtillon-sur-Seine et 60 cm au Haut-Folin (à 900 mètres d'altitude, point le plus élevé du Morvan). Toutes les rivières de l'Est ont été gelées. La Seine, après avoir charrié du 30 décembre au 8 janvier, et à nouveau à partir du 13 janvier, a été prise le 18 dans toute la traversée de Paris : la débâcle est survenue le 23. Certaines rivières de l'Ouest ont été également gelées, la Maine par exemple.
On nota à Paris, au cours de cette saison, 17 jours à température inférieure à −10 °C avec un minimum absolu de −15,4 °C le 7 février. Les froids rigoureux débutèrent à la fin de janvier avec des minima de −13 °C à Paris, −19 °C à Charleville, −23 °C à Nancy ; ils se prolongèrent pendant tout le mois de février où, à Paris, des gelées furent observées chaque jour. Dans la région parisienne, la température s'abaissa du 2 au 9 février aux environs de −13 °C à −14 °C : aussi le 10 février la Seine était prise et la terre gelée jusqu'à 65 cm de profondeur dans les potagers de la banlieue. Après décembre 1879, février 1895 est le mois dont la température moyenne (−4,5 °C) a été la plus faible à Paris, cette valeur étant inférieure de plus de 8 °C à la normale. C'est d'ailleurs à toute la moitié Nord de la France que s'étendirent les grands froids de février 1895. Aux environs du 10, on enregistrait −15 °C à Nantes, −18 °C à Sainte-Honorine-du-Fay (Calvados), −23 °C à Sainte-Menehould ; près d'Orléans, la Loire resta gelée pendant toute la seconde quinzaine de ce mois. À signaler à titre documentaire le minimum de −43 °C noté durant cet hiver au sommet du Mont-Blanc.
Source et précautions
- Marcel Garnier, Climatologie de la France : sélection de données statistiques, Mémorial de la Météorologie nationale, n° 50, Direction de la Météorologie nationale, 1967.
- Les erreurs OCR manifestes ont été corrigées et les anciennes températures du type « −25° 6 » ont été rendues sous la forme moderne « −25,6 °C ».
